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Commu­niqué de la Commission interorthodoxe préparatoire au saint et grand Conci­le de l'Eglise orthodoxe ( Chambésy du 15 au 23 février 1986)

La Commission interorthodoxe préparatoire au saint et grand Conci­le de l'Eglise orthodoxe s'est réunie à Chambésy du 15 au 23 février 1986.

Le 15 février ont commencé au Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique à Chambésy les travaux de la Commission interorthodoxe préparatoire au saint et grand Concile de l'Eglise orthodoxe. A l'is­sue de ces travaux, le 23 février, la Commission a publié le Commu­niqué suivant:

COMMUNIQUE

" La Commission interorthodoxe préparatoire s'est réunie du 15 au 23 février 1986 au Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique. Les délégations de toutes les Eglises orthodoxes locales ont pris part à ces travaux.

La présidence de la Commission interorthodoxe préparatoire était assurée par S.E. le Métropolite Chrysostome de Myra, délégué du Patriarcat oecuménique. Et elle avait pour secrétaire S.E. le Métropolite Damaskinos de Suisse, secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile.

La tâche de la Commission était de dégager le point de vue unifié des Orthodoxes sur les thèmes qui, selon la décision de la IIème Conférence Panorthodoxe préconciliaire, sont inscrits à l'ordre du jour de la Illème Conférence panorthodoxe préconciliaire. Ces thèmes sont:

1. Réadaptation des prescriptions ecclésiastiques concernant le jeûne.

2. Relations des Eglises orthodoxes avec l'ensemble du monde chrétien.

3. Orthodoxie et Mouvement oecuménique.

4. Contribution des Eglises orthodoxes locales à la réalisation des idéaux chrétiens de paix, de liberté, de fraternité et d'amour entre les peuples, et à la suppression des discriminations raciales.

La Commission interorthodoxe préparatoire a examiné les études des Eglises orthodoxes locales sur les thèmes en question; pris en considération le rapport du Président; évalué les rapports du Secrétaire sur chacun des thèmes à l'étude et le riche matériel mis à sa disposition par le Secrétariat pour la préparation du Concile. La Commission a travaillé soit en séance plénière soit en comités de travail dont chacun avait à s'occuper d'un thème.

La Commission interorthodoxe préparatoire a ainsi :

1. élaboré quatre textes théologiques concis exprimant le point de vue unifié des Orthodoxes sur chacun des thèmes à l'ordre du jour;

2. décidé que ces textes seront soumis, par le Secrétariat pour la préparation du saint et grand Concile, dans l'immédiat aux Eglises orthodoxes locales et, ensuite, à la IIIème Conférence panorthodoxe préconciliaire;

3. chargé le Secrétariat pour la préparation du Concile de publier les dits textes, dès le 1er avril, et de veiller à leur traduction et diffusion;

4. proposé que, selon la procédure consacrée, le Secrétariat pour la préparation du Concile envoie aussitôt que possible les procès-verbaux de la présente Commission interorthodoxe préparatoire aux Eglises orthodoxes locales, et, enfin,

5. exprimé le voeu que la convocation, déjà programmée, de la IIIème Conférence panorthodoxe préconciliaire soit fixée au début novembre de cette année.

Chambésy-Genève, le 23 février 1986".

Les délégations des Eglises orthodoxes locales à cette réunion panorthodoxe étaient composées des :

S.E. le Métropolite Chrysostome de Myra, président, S.E. le Métropolite Bartholomée de Philadelphie, conseiller, Rév. Gd Protopr. Georges Tsetsis, théologien spécialiste, Prof. Théodore Zissis, théologien spécialiste, Rév. Diacre Méliton Karas, secrétaire de la délégation (Patriarcat oecuménique) ; S.E. le Métropolite Synésios de Nubie, S.E. le Métropolite Parthenios de Carthage, conseiller, S.E. le Métropolite Pierre d'Aksoum, théologien spécialiste, Prof. Vlassios Phidas, théologien spécialiste (Patriarcat d'Alexandrie); S.E. le Métropolite Georges du Mont-Liban (Patriarcat d'Antioche) ; S.E. le Métropolite Germanos de Petra, Prof. Georges Galitis, conseiller, (Patriarcat de Jérusalem); S.E. le Métropolite Philarète de Kiev et de Galicie, Monsieur Grégoire Nikolaevitch Skobey, conseiller, Monsieur Boris Alexandrovitch Neliubov, conseiller spécialiste (Patriarcat de Moscou); S.E. l'Evêque Savvas de Soumadie, Prof. Stoyan Gossevic, conseiller (Patriarcat de Serbie); Rév. Prof. Ion Bria, Rév. Prof. Dumitru Popescu, conseiller (Patriarcat de Roumanie); S.E. le Métropolite Pankratiy de Stara Zagora, Monsieur Ivan Zelev Dimitrov, conseiller (Patriarcat de Bulgarie); S.E. le Métropolite Chrysostome de Paphos, Dr Andréas Mitsidis, conseiller (Eglise de Chypre); S.E. le Métropolite Pantéléimon de Corinthe, S.E. le Métropolite Chrysostome de Péristérion, conseiller (Eglise de Grèce); S.E. l'Evêque Jérémie ( Eglise de Pologne); S.E. le Métropolite David de Soukhumi et Abkhazeti, Monsieur Boris Gagua, conseiller (Eglise de Géorgie); S.E. le Métropolite Dorothée de Prague et de toute la Tchécoslovaquie,Rév. Prof. Jaroslav Souvarsky, conseiller (Eglise de Tchécoslovaquie); S.E. le Métropolite Jean d'Helsinki, Rév. Père Veikko Purmonen, conseiller ( Eglise de Finlande).

Nous publions ci-dessous l'essentiel du discours d'ouverture de S.E. le Métropolite Chrysostome de Myra, président de la Commission interorthodoxe préparatoire:

"Pères vénérables et frères bien-aimés,

Au nom de la très sainte Trinité et de la part de Sa Sainteté le Patriarche oecuménique Dimitrios 1er, je déclare ouverts les travaux de la présente Commission interorthodoxe préparatoire du saint et grand Concile (...)

La présente réunion constitue un chaînon entre celles qui l'ont précé­dée - que ce soit la réunion de la Commission interorthodoxe préparatoire ou des Conférences panorthodoxes préconciliaires - et celles qui vont suivre, selon la procédure panorthodoxe déjà établie (...)

(...) La Ière Conférence panorthodoxe préconciliaire, réunie à Genève en 1976, a choisi dix sujets dans la liste des thèmes de la Ière Conférence panorthodoxe de Rhodes (1961), sujets qui constituent la thématique de l'étape actuelle vers le saint et grand Concile et, de ce fait, des Conférences qui mèneront à ce Concile. Quant à la IIème Conférence panorthodoxe préconciliaire réunie, à Genève en 1982, a fixé les quatre sujets que nous connaissons tous et qui constituent l'objet de la présente Commission interorthodoxe préparatoire et de la IIIème Conférence panorthodoxe préconciliaire qui suivra.

Tout ceci, signifie que nous avons en notre faveur plusieurs avantages : nous avons déjà acquis l'expérience nécessaire à notre tâche; la méthode de travail est déjà connue et éprouvée; l'ordre du jour est défini en détails et se trouve devant nos yeux; ainsi le cadre de notre recherche et de notre travail théologique et ecclésiastique au cours des prochains jours est clair.

Il y a un autre point positif auquel je voudrais me référer ici, parce qu'il est susceptible de créer et de faire régner un esprit de collaboration et de marche commune lors de la présente réunion. Il s'agit d'une série de visites faites l'année passée, sur l'initiative du Patriarcat oecuménique, par notre frère le Métropolite Damaskinos de Suisse, Secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile. Cette mission ardue de notre frère a trouvé un écho favorable auprès des Eglises soeurs, a donné l'occasion bénéfique de clarifier les buts et les orientations de nos deux réunions, c'est-à-dire de la présente Commission interorthodoxe préparatoi­re et, ensuite, de la IIIème Conférence panorthodoxe préconciliaire, et par là même, de dégager les opinions et les positions convergentes de toutes les Eglises soeurs, tant en ce qui concerne la procédure à suivre que l'essence même des quatre sujets soumis à notre étude et décision.

Nous sommes reconnaissants envers nos Eglises qui ont bien voulu préparer le terrain et faciliter ainsi notre tâche. Nos remerciements vont aussi à Son Eminence le Secrétaire pour son important travail de coordination.

Nous remercions encore Son Eminence le Secrétaire pour la préparation consciencieuse et difficile de la présente réunion ainsi que pour avoir mis à notre disposition un dossier complet, accompagné d'un matériel informatif utile.

C'est donc dans un climat où toutes les conditions matérielles sont réunies et sur la base d'importants études et rapports préexistants, préparés de manière responsable et envoyés au Secrétariat pour la préparation du Concile par les Eglises soeurs chargées de cette responsabilité et auxquelles nous en sommes reconnaissants, que nous sommes appelés à étudier les quatre thèmes à notre ordre du jour et formuler les conclusions de notre étude dans de textes précis, concis autant que possible, ainsi qu'il convient à la préparation et au travail préconciliaires et conciliaires. Ces textes, selon la procédure fixée, seront soumis à la prochaine IIIème Conférence panorthodoxe préconciliaire, afin d'y être examinés et évalués, et être soumis, en dernière phase, au saint et grand Concile.

La question principale qui se pose devant nous est la suivante: Dans quelle perspective et sur la base de quels critères, aussi bien ecclésiologiques que pastoraux, ces thèmes seront étudiés par nous lors de cette Commission interortho­doxe préparatoire. La question est d'une importance capitale. Cette chaire n'a pas la moindre intention d'influencer, et à plus forte raison de préjuger, tel ou tel processus de la Commission. Ce seront le Paraclet lui-même, dont nous invoquons le nom, les besoins du peuple fidèle de Dieu et la conscience orthodoxe des frères congressistes qui constitueront les facteurs guidant les esprits et la plume des participants à cette réunion lors de la rédaction des textes. Ceci est bien établi du point de vue ecclésiologique et ecclésiastique.

Reste alors la responsabilité de cette chaire de tracer en toute humilité, avec une bonne volonté et dans un esprit de servir fidèlement les buts de l'Eglise, de tracer, dirions-nous, le simple cadre de ce processus. Et cette chaire sera heureuse si les quelques pensées qui suivent pourraient faciliter le côté pratique de notre travail, ainsi que nos Eglises l'espèrent de notre part.

Permettez-moi, donc, de traiter en toute brièveté de chacun des quatre thèmes:

A. La question du jeûne.

Cette question a une histoire, longue et douloureuse, bien connue de nous tous, soit à cause de son élaboration à l'échelon interorthodoxe - dont nombreux d'entre nous ont une expérience directe - soit à cause de l'élaboration de plusieurs textes que le Secrétariat pour la préparation du Concile a mis, depuis 1971, à la disposition de nos Eglises et veillé sur leur publication et diffusion.

Les pasteurs de l'Eglise, aussi bien dans les Conférences précédentes qu'auprès de leurs ouailles, mais aussi tous ceux qui avaient leur mot à dire sur ce sujet ont largement montré leur sensibilité quant à cette question. Ils se sont donc basés sur la foi et l'ethos du peuple orthodoxe, ont pris en considération que le jeûne est une institution qui a sa source au Seigneur, à l'Esprit Saint et aux Pères de l'Eglise et ont défini leur position en soulignant que l'importance de cette institution ne doit pas être amoindrie, qu'à plus forte raison, le jeûne ne doit pas être exclu de la vie de l'Eglise; le jeûne doit être respecté autant qu'il est nécessaire et là où il est nécessaire, mais qu'en parallèle le peuple de Dieu doit être servi, par l'usage de l'économie là où il faut, selon la sagesse pastorale des prélats de l'Eglise.

Ainsi, à mon humble avis, notre Commission peut prendre en considération certains points capitaux: (a) le jeûne est une institution immuable de l'Eglise visant au salut de l'âme; (b) c'est en tant que telle que l'Eglise l'a reçue du Seigneur, des Apôtres et des Pères et l'a vécue comme un héritage spirituel; (c) le jeûne est obligatoire pour tout chrétien désirant atteindre la perfection du corps et de l'esprit et surtout pour l'ordre sacré des moines; (d) les jeûnes consacrés par la tradition doivent rester intacts; (e) pour certains jeûnes de l'année, sur lesquels il n'y a pas d'accord unanime de la tradition, il serait plus facile d'appliquer l'économie miséricordieuse de l'Eglise et, finalement (f) l'Eglise, dans le but de soutenir les consciences de ses ouailles, doit recourir au principe de l'économie appliquée selon les personnes et les circonstances et ce, comme nous l'avons déjà souligné, en faisant confiance au jugement et à la sagesse des responsables spirituels dans l'unique but du salut du peuple de Dieu.

Voilà donc quelques points de vue de la présidence sur la question du jeûne. Ces réflexions n'ont aucune autre ambition - comme d'ailleurs tout ce qui est dit dans ce texte - que d'être considérées comme de simples idées-clés pour notre travail, travail que nous sommes appelés à accomplir en tout liberté de conscience, de pensée et d'expression.

B. La question des relations des Eglises orthodoxes avec l'ensemble du monde chrétien.

Il s'agit ici des dialogues bilatéraux, dialogues de charité et de vérité poursuivis par notre Eglise avec les autres chrétiens, les catholiques romains, les vieux catholiques, les anglicans, les luthériens, les anciens orientaux - avec lesquels le dialogue vient d'être inauguré - et les réformés, avec lesquels le dialogue sera inauguré très prochainement.

La tâche de la Commission interorthodoxe préparatoire et, ensuite, de la IIIème Conférence panorthodoxe préconciliaire concernant cette question est en effet difficile. Et ce, non pas à cause de son essence, mais parce que l'ensemble de ces dialogues se réfère à un domaine en pleine évolution. C'est ainsi que la prise d'une décision panorthodoxe sur cette question se heurte à plusieurs problèmes et obstacles.

Nous devons en plus rappeler le fait bien connu que l'Eglise orthodoxe s'est favorablement exprimée à l'échelon panorthodoxe et à plusieurs reprises quant à ses relations avec les autres Eglises et quant à ses dialogues avec elles. Aujourd'hui, elle est appelée à formuler de nouveau ses réflexions sur la question, sur ce qui s'est déjà fait et sur ce qui sera fait, et à les rapporter dans des textes décisifs.

Nous pensons humblement que tant en ce qui concerne les dialogues théologiques dans leur ensemble que chacun d'entre eux en particulier, notre Commission devra réitérer la volonté et la décision de l'Eglise orthodoxe à les continuer. Elle doit toutefois relever certains aspects déjà réalisés ou prévus, autrement dit: constater l'état de chaque dialogue; signaler les textes sur lesquels des décisions communes ont été prises; procéder à une évaluation brève mais substantielle de ce qui a été réalisé dans chaque dialogue; décrire les difficultés et les obstacles rencontrés par chaque dialogue et les moyens de les limiter ou de les dépasser; coordonner et mettre en relation les dialogues en ce qui concerne leur méthodologie et leur thématique et, finalement, formuler des propositions et des recommandations qui conviennent au bon déroulement du travail des dialogues.

Pour la plupart des dialogues, cette évaluation générale, sera concise et plutôt positive. Cela malgré le fait qu'il y aura des éléments ou des données négatifs vu que ces dialogues se trouvent en évolution et qu'il est tout à fait naturel dans chaque étape et selon les cas de rencontrer certaines difficultés. Les obstacles doivent être localisés et précisés en vue d'une prise de position strictement orthodoxe.

C'est tout particulièrement le dialogue avec l'Eglise catholique romaine qui présentera plusieurs difficultés car, comme nous le savons, plusieurs objections importantes ont été formulées à son sujet par des Eglises soeurs. Nous pensons que notre Commission ne pourra pas passer sous silence ces objections, qui sont en dernière analyse non pas de facteurs qui pourraient suspendre ou même anéantir le progrès du dialogue mais qui pourraient plutôt lui assurer de bases beaucoup plus rationnelles et un réel progrès.

Il est bien connu que la procédure et la marche de ce dialogue ont été parsemées de haltes, haltes qui - admettons-le - ont été et sont prises en considération tant par les orthodoxes que les catholiques romains. Il faut pourtant reconnaître que par la force des choses nous nous trouvons devant le besoin impératif de revoir certaines pratiques de ce dialogue aussi bien au sujet de sa méthodologie que de sa thématique. Nous devons tenter cette révision. Néanmoins, il va de soi que celle-ci comporte une double perspective: elle doit non seulement être déterminée et acceptée par les orthodoxes, mais en même temps obtenir le consentement et l'accord de la partie catholique romaine.

Ainsi, si notre Commission le juge utile et nécessaire, elle devra cristalliser en propositions concrètes son avis sur ce dialogue afin de pouvoir par la suite en débattre avec l'Eglise catholique romaine.

Si les choses sont ainsi - et nous pensons qu'elles le sont-il serait de notre devoir d'énumérer les points nécessitant une clarification et une prise de position de la part de l'Orthodoxie. Nous pourrions citer ici cinq points principaux :

a) avoir des textes séparés, un orthodoxe et un catholique romain, qui serviront de base aux sous-commissions pour la rédaction d'un ou de plusieurs projets de textes communs;

b) chercher la possibilité d'évaluer au sein de la commission interorthodo­xe, du côté strictement orthodoxe, le texte commun rédigé par le comité de coordination;

c) fixer la manière de recevoir et de voter les textes communs lors de chaque assemblée générale, non pas par personne, mais par Eglise, en tant que deux parties engagées dans le dialogue à titre égal;

d) choisir désormais les thèmes du dialogue non seulement parmi ceux qui "unissent" les deux Eglises, mais aussi parmi ceux qui les "divisent", pour que ce dialogue soit un vrai dialogue entre deux Eglises séparées et non pas la simple description de leurs points de convergence, et,

e) reconnaître les retombées négatives de certains éléments épineux sur le dialogue en tant que tel et sur sa chance de succès: notamment l'Uniatisme qui, depuis des siècles, constitue une triste réalité douloureusement ressentie dans les relations entre les deux Eglises, une réalité qui, lors d'une des prochaines étapes du dialogue, doit être étudiée et évaluée d'un point de vue théologique et ecclésiologique et en même temps faire l'objet d'une recherche pour trouver des solutions pratiques afin de sortir des impasses auxquelles elle conduit.

Nous pensons que tous ces points et quelques autres encore concernant ce même dialogue doivent être signalés par notre Commission. Cela si nous voulons être honnêtes envers nous-mêmes, honnêtes envers l'Eglise catholique romaine avec laquelle nous sommes en dialogue, et, encore, honnêtes envers Dieu. Il est évident que tout ce qui sera formulé ici en tant que proposition ne sera pas nécessairement accepté. Mais ce qui suivra, entre dans le cadre d'une autre procédure qui dépasse les limites de la responsabilité de notre Commission interorthodoxe préparatoire.

C. La question des relations entre l'Orthodoxie et le Mouvement oecuménique .

Ce qui vient d'être dit sur les dialogues bilatéraux est valable par analogie pour le dialogue multilatéral, dialogue dans lequel l'Eglise orthodoxe est engagée au sein du C.O.E. et du Mouvement oecuménique en général.

Au sujet de cette question aussi, c'est-à-dire des relations entre l'Orthodoxie et le Mouvement oecuménique, ce qui devrait être dit l'a été à plusieurs reprises et à l'échelon panorthodoxe. Rappelons-nous ici ce que la IVème Conférence panorthodoxe (1968) a affirmé et ce que la Ière Conférence panorthodoxe préconciliaire (1976) a décidé en faveur de la présence orthodoxe au sein du mouvement oecuménique et de l'activation de cette présence.

Rappelons-nous également tout ce qui est dit et fait dans un esprit positif par les délégations orthodoxes dans les assemblées générales ou d'autres réunions du C.O.E.

Rappelons-nous encore les "desiderata" des Eglises orthodoxes présentes en diverses occasions au C.O.E.

J'aimerais rappeler tout particulièrement que dans son message adressé au Comité central du C.O.E. à l'occasion du 25ème anniversaire du Conseil, l'Eglise de Constantinople soulignait les bonnes perspectives de la participation de l'Orthodo­xie au mouvement oecuménique et les résultats réjouissants des activités du C.O.E., et, en même temps, rapportait la longue liste de demandes faites par l'Eglise orthodoxe à la plus grande organisation interecclésiale d'aujourd'hui.

Rappelons-nous enfin le Colloque interorthodoxe de Sofia (1981), lors duquel des représentants des Eglises orthodoxes, dans un texte long et circonstancié, ont procédé à une évaluation positive de l'oeuvre du C.O.E. et ont signalé de nombreux desiderata concrets de l'Orthodoxie vis-à-vis du Conseil.

Notre Commission est alors appelée à faire une nouvelle évaluation des relations entre l'Orthodoxie et le Mouvement oecuménique, à exalter le rôle constructif de l'Orthodoxie dans le Mouvement oecuménique, à affirmer la contribu­tion de ce mouvement à la restauration des sentiments de rapprochement, de solidarité, de fraternité et d'unité entre les Eglises; elle est aussi appelée à souligner tous les aspects positifs mais aussi les imperfections dans la recherche commune des moyens d'union, dans l'expression commune de la foi apostolique et dans l'acceptation de certains enseignements essentiels et capitaux de l'Eglise ancienne par les Eglises et Confessions qui constituent le C.O.E. et avec lesquelles l'Orthodoxie, étant l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique, se trouve en dialogue multilatéral.

D. La question des idéaux chrétiens de paix etc…

C'était une décision sage, inspirée par l'Esprit Saint, que d'inclure cette question parmi les dix thèmes à l'ordre du jour du saint et grand Concile. Et c'est sans doute un honneur que notre Commission a été chargée de formuler la première, les points de vue fondamentaux de l'Eglise orthodoxe sur ces problèmes qui préoccupent toute l'opinion publique au niveau mondial et brûlent le coeur des fidèles enfants de l'Eglise. Ces derniers plus que jamais désirent entendre la voix de leur Eglise dans ce monde, secoué par de nombreuses situations difficiles et de problèmes. Ils souhaitent que l'Eglise prenne une position claire, précise, illuminée, ferme et consolidée sur ces idéaux de paix, de liberté, de fraternité et d'amour entre les peuples ainsi que sur la suppression des multiples discriminations raciales et autres.

C'est donc pour nous un grand honneur que d'être appelés à nous prononcer sur ces idéaux. Pourtant, notre tâche n'est pas dépourvue du danger de déraper vers une politisation dangereuse de ces questions, de devenir non pas les porte-parole de Dieu et de son Eglise mais de ce monde.

Notre mission aujourd'hui consiste à donner notre témoignage orthodoxe sur ces idéaux qui échappent sans cesse des mains et des coeurs des hommes, à faire connaître à tous la position de l'Orthodoxie sur ces questions brûlantes qui s'étendent de l'absence de paix et de la préparation de la guerre jusqu'aux vicissitudes sociales et à la mort de millions d'êtres humains par la faim.

Que le Seigneur guide nos pas dans cette tâche et dans les autres aspects de notre lourde responsabilité.

Pères vénérables et frères bien-aimés,

En concluant ce discours d'ouverture, j'aimerais répéter ce que j'ai dit tout au début : cette chaire s'est fixé la tâche de décrire en quelque sorte le cadre dé nos responsabilités lors de la présente réunion. Il est certain que l'image que j'ai tracée est loin d'être complète. Je suis pourtant sûr que votre amour et votre sagesse combleront les lacunes et que nos travaux s'orienteront vers l'étude et l'approfondissement des questions qui sont devant nous, vers la bonne direction, qui doit être celle de notre Commission interorthodoxe préparatoire.

Je vous salue de nouveau, vous tous, avec honneur et amour et souhaite que la richesse des dons de l'Esprit soit sur nous et sur nos travaux.

Ainsi soit-il!"

Nous publions également les principales conclusions des rapports de S.E. le Métropolite Damaskinos de Suisse, secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile, sur les quatre thèmes à l'ordre du jour de la Commission. Ces conclusions sont le fruit d'un examen comparatif des études préparées par les Eglises, envoyées par elles au Secrétariat et soumises par ce dernier à toutes les Eglises orthodoxes locales. Pour la rédaction de ses rapports, le Secrétaire a aussi pris en considération les échanges des vues qu'il a eus avec les Primats et les organes compétents des Eglises locales, lors des visites qu'il leur a rendues. C'est donc l'ensemble de ce matériel qui a servi de base à ces rapports du Secrétaire et qui, en outre, a été mis à la disposition de tous les membres de la Commission interorthodoxe préparatoire.

a) Sur le thème: "Réadaptation des prescriptions ecclésiastiques concernant le jeûne"

1. Les propositions de la Ière Commission interorthodoxe préparatoire et les décisions de la IIème Conférence panorthodoxe préconciliaire. Ces deux textes sont contenus dans les Procès-verbaux de la IIème Conférence panorthodoxe préconciliaire.

2. Les rapports et les études des Eglises d'Antioche, de Serbie, de Chypre et de Pologne.

3. Les études élaborées par LLEE les Métropolites Pantéléimon de Corinthe et Melétios de Nicopolis et par le Prof. Vlassios Phidas et envoyées par l'Eglise de Grèce au Secrétariat pour compléter le dossier sur la question. En outre, une étude originale rédigée par Monsieur Costi Bendaly sous la conduite spirituelle de S.E. le Métropolite Georges du Mont-Liban et basée sur les données de la science psychanalytique moderne, l'article de S.E. le Métropolite Christodoulos de Dimitrias, ainsi qu'un fondement théologique du jeûne - étude partiellement achevée - du Rév. Athanase Yeftic, ont été mis à la disposition des membres du Comité de travail, appelé à traiter cette question.

(b) Sur le thème: "Relations des Eglises orthodoxes avec l'ensemble du inonde chrétien"

1. Les rapports et les études des Eglises d'Alexandrie (Aperçu général de la question), d'Antioche, de Moscou et de Grèce (Dialogue avec les anciennes Eglises orientales), de Grèce (Dialogue avec l'Eglise vieille catholique), de Jérusalem et de Grèce (Dialogue avec l'Eglise anglicane), de Jérusalem et de Grèce (Dialogue avec l'Eglise catholique romaine), et, enfin, de Grèce (Dialogue avec les Luthériens).

2. Le 5ème volume de la collection "Etudes théologiques de Chambésy", contenant les communications et les études d'éminents professeurs et théologiens, orthodoxes et non orthodoxes, sur le thème général "Les dialogues oecuméniques hier et aujourd'hui", thème traité par le Vème Séminaire théologique organisé par le Centre orthodoxe entre le 28 avril et le 21 mai 1984 .

3. Une étude du Secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile, intitulée "Les dialogues théologiques - Une perspective orthodoxe" traitant des divers aspects des dialogues bilatéraux, tels que, l'aperçu historique de ces dialogues, leur importance du point de vue pastoral, leur caractère ecclésiologique, leur thématique, leur problématique, leur cadre ecclésiologique, leurs perspectives.

En outre, un recueil complet des textes théologiques communs et des communiqués publiés par les diverses Commissions mixtes de dialogues dans lesquels l'Eglise orthodoxe est engagée a été mis à la disposition du Comité de travail, appelé à traiter cette question.

(c) Sur le thème: "Orthodoxie et Mouvement oecuménique"

1. Les rapports et les études des Eglises de Jérusalem et de Grèce.

2. Un volume contenant tous les communiqués et les conclusions des congrès et des colloques orthodoxes consultatifs, réunis par le C.O.E. avant l'Assemblée générale à Vancouver.

3. Un volume contenant les exposés et les conclusions du symposium orthodoxe réuni récemment à Boston pour étudier le "B.E.M." du point de vue orthodoxe.

4. Certains exposés faits lors du Vlème Séminaire théologique organisé par le Centre orthodoxe du 4 au 19 mai 1985 sur la question "Orthodoxie et Mouvement oecuménique".

En outre, des copies de la Constitution du C.O.E. ont été mises à la disposition du Comité de travail, appelé à traiter cette question.

(d) Sur le thème: Contribution des Eglises orthodoxes locales à la réalisation des idéaux chrétiens de paix, de liberté, de fraternité et d'amour entre les peuples et à la suppression des discriminations raciales"

1. Les rapports et les études des Eglises de Bulgarie, de Grèce et de Tchécoslovaquie.

2. Certains exposés faits durant la seconde partie du Vlème Séminaire théologique organisé par le Centre orthodoxe du 4 au 19 mai 1985 sur la question "Regards orthodoxes sur la paix".

Les extraits des rapports du Secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile qu'Episkepsis a choisi de publier sont les suivants:

 

A) Réadaptation des prescriptions ecclésiastiques concernant le jeûne.

(...) "Voilà les principales constatations qui découlent de l'étude complémentaire de la question depuis la IIème Conférence panorthodoxe préconciliaire. On pourrait les considérer suffisantes pour fonder le travail de la Commission interorthodoxe préparatoire sur la question de la réadaptation des prescriptions canoniques concernant le jeûne. On pourrait même les ériger en principes généraux exprimant dans leurs grandes lignes la conscience commune de toutes les Eglises orthodoxes locales.

a) Le terme "réadaptation" ne doit en aucune manière être pris dans le sens d'une abolition d'un ou de plusieurs jeûnes de l'année, interprétation souvent avancée par confusion ou à dessein; en effet, la notion de réadaptation comprend le respect de tous les jeûnes prescrits par la tradition patristique et canonique.

b) Toute décision de la future Conférence panorthodoxe préconciliaire en la matière est une simple décision introductive "ad référendum" au saint et grand Concile; de ce fait elle n'a aucun caractère exécutoire immédiat pour les Eglises orthodoxes locales.

c) Le jeûne est un grand combat spirituel et un élément organique inaliénable de la tradition orthodoxe. En conséquence, toute décision introductive de la Conférence panorthodoxe préconciliaire au saint et grand Concile doit exalter et proclamer la nécessité de respecter tous les jeûnes consacrés par des décisions canoniques.

d) Toutes les Eglises locales admettent que l'exercice de l'économie Ecclésiastique est possible uniquement à l'intérieur des limites de la tradition patristique et canonique concernant le jeûne et l'économie ecclésiastique. Ainsi, l'étendue institutionnelle de l'économie ecclésiastique est bien définie et il n'est pas possible de l'appliquer, sans autres, à tous les jeûnes prescrits. Par exemple, les limites de l'économie ecclésiastique - aussi bien du point de vue de la durée que du régime alimentaire - pour la Semaine sainte, le Grand Carême, le mercredi et le vendredi sont strictement définies par la tradition patristique et canonique et, de ce fait, ne peuvent pas être déplacées par une nouvelle décision panorthodoxe. Au contraire, l'exercice de l'économie ecclésiastique est laissé à la responsabilité des évêques locaux déjà par la décision conciliaire même qui, déjà au Xll e siècle, a introduit les jeûnes de Noël, des saints Apôtres et de la Dormition de la vierge dans la vie spirituelle des fidèles.

e) Toute réadaptation qui sera proposée selon le principe d'économie n'aura pas d'influence sur le régime de la vie - égale aux anges - des moines pour lesquels ont d'ailleurs été introduits les jeûnes des saints Apôtres, de la Dormition de la Vierge et de Noël.

L'application du principe d'économie sur la durée et le régime alimentaire des périodes des jeûnes constitue pour l'Eglise orthodoxe une pratique irréfutable et générale. C'est pour cela d'ailleurs que les Eglises orthodoxes locales quand elles parlent de réadapter les prescriptions concernant le jeûne entendent l'application par elles du principe d'économie.

Toutefois, selon la tradition patristique et canonique de l'Orthodoxie l'économie ecclésiastique ne peut pas être appliquée à tous les jeûnes étant donné que ses possibilités sont, pour des raisons surtout théologiques, très limitées quant au jeûne de la Semaine sainte, du Grand Carême, du mercredi et du vendredi. Il est donc évident qu'appliquer dans la vie ecclésiastique d'aujourd'hui l'économie à tous les jeûnes de manière uniforme et générale serait en opposition directe avec la tradition patristique et canonique, et avec l'ensemble de la conscience ecclésiale. Dans ce sens toute proposition de la Commission en la matière devrait préciser dans quelle mesure les Eglises orthodoxes locales peuvent pratiquer, selon leur discrétion, l'économie afin que dans notre souci de préserver le tout nous ne relativisions pas toute la tradition orthodoxe concernant le jeûne.

En résumé, conformément à la tradition patristique et canonique, le principe d'économie ecclésiastique peut être appliqué par les Eglises orthodoxes locales de la manière suivante :

a) Aucun changement ne peut être envisagé selon le principe d'économie quant au jeûne de la Semaine sainte.

b) Aucune diminution de la durée du Grand Carême ne peut être envisagée, selon le principe d'économie, on pourrait néanmoins admettre, à la limite, par amour de l'homme, la consommation du poisson les jours de non- jeûne du Grand Carême.

c) Aucune modification du régime en vigueur des jeûnes du mercredi et du vendredi, légués par les Apôtres, ne peut être envisagée.

d) On peut, par amour de l'homme, appliquer l'économie quant à la durée et quant au régime des jeûnes de Noël, ou Petit Carême, des saints Apôtres et de la Dormition de la Vierge ; néanmoins le jeûne doit être strictement respecté pendant la dernière semaine précédant ces fêtes.

e) Aucune application de l'économie n'est envisageable pour les jeûnes journaliers, consacrés par la tradition, de l'Exaltation de la sainte Croix, de la veille de l'Epiphanie et de la décollation de saint Jean Baptiste.

Mettre en valeur ces principes pour l'application par les Eglises orthodoxes locales du principe d'économie ecclésiastique et exalter la grande valeur spirituelle pour les fidèles de tous les jeûnes de l'année serait la meilleure réadaptation des prescriptions ecclésiastiques concernant le jeûne".

 

B) Relations des Eglises orthodoxes avec l'ensemble du monde chrétien

"(...) Les dialogues théologiques bilatéraux menés par l'Eglise orthodoxe avec l'ensemble du monde chrétien sont en net progrès, grâce aux efforts déployés par les membres des Commissions théologiques pour aplanir les difficultés héritées du passé ou récemment apparues.

L'expérience acquise par l'Eglise orthodoxe dans la conduite de plusieurs dialogues théologiques bilatéraux, telle qu'elle s'exprime à travers les textes théologiques communs produits par chaque dialogue, peut mener aux constatations suivantes:

a) La conscience orthodoxe se montre particulièrement bien disposée à l'égard des dialogues avec les Vieux catholiques et les Anciens Orientaux. Ces dialogues pourraient donc avancer plus rapidement en mettant à l'oeuvre les forces théologiques et ecclésiastiques. Ceci signifie: mettre à profit le rapprochement théologique pour prendre des initiatives ecclésiales précises dans le domaine pastoral.

b) Le dialogue avec les Catholiques romains pourrait être accéléré en révisant la méthodologie quant au choix des thèmes et quant à la rédaction des textes théologiques communs. Ces textes devraient peut-être avoir une référence plus directe aux divergences théologiques précises héritées du passé.

c) Les dialogues avec les Anglicans et les Luthériens présentent des difficultés spécifiques non seulement à cause des divergences théologiques léguées mais aussi à cause de nouveaux développements au sein de ces Eglises, telles que, l'ordination des femmes, l'intercommunion etc.

Au-delà de ces distinctions bien nettes concernant les perspectives des divers dialogues en cours, on pourrait dire que chaque Commission orthodoxe, engagée dans un dialogue donné, participe aux discussions théologiques et à l'élaboration de textes communs sans une coordination préalable avec les Commissions orthodoxes Chargées des autres dialogues. Ceci, en dépit du fait que souvent les textes communs de chacun des dialogues traitent les mêmes sujets. Ainsi, il existe un réel danger qu'une Commission orthodoxe accepte certaines positions théologiques qui ont été rejetées par les Orthodoxes dans un autre dialogue. Des cas semblables ont été signalés. Ils pourraient être évités si on organisait mieux la coordination de tous les membres orthodoxes engagés dans les diverses Commissions théologiques, ou si, du moins, on rendait publics immédiatement les textes théologiques communs élaborés dans chaque dialogue. La coordination envisagée serait meilleure si on pouvait réunir régulièrement tous les représentants des Eglises orthodoxes prenant part à tous les dialogues, en vue d'une évaluation en commun des textes théologiques élaborés. Néanmoins, et ceci est valable pour chaque dialogue, les sous-commissions .orthodoxes pourraient se réunir séparément et élaborer des projets de textes sur les thèmes soumis à l'étude des Commissions théologiques mixtes.

A part la méthodologie, l'ecclésiologie prend pour presque tous les dialogues une signification particulière. Car, c'est à elle qu'aboutissent, en dernière analyse, tous les textes théologiques communs. Il est évident que tous les dialogues théologiques en cours seraient grandement facilités si les questions relatives à l'Eglise faisaient le premier objet des discussions au sein des Commissions théologiques mixtes. On éviterait ainsi certaines formulations théologiques vagues ou lacunaires dans les textes théologiques communs.

S.E. le Métropolite Parthénios de Carthage, rédacteur du rapport de l'Eglise d'Alexandrie, nous incite à nous interroger: "notre dialogue est-il un dialogue

ecclésial ? Avons-nous la conviction que notre interlocuteur, celui avec qui nous prions, est-il, lui aussi, une Eglise?" -

J'ai moi-même posé certaines questions sérieuses dans une étude spécialement consacrée à ce thème: les accords théologiques auxquels ils parviennent engagent-ils ries Eglises qu'ils représentent? Comment ces accords peuvent-ils être incorporés à la vie de l'Eglise sans pour autant risquer de provoquer des schismes? Quel rapport y a-t-il entre eux et les autres déclarations sur les mêmes questions? S'agit-il de rapports de réciprocité entre les dialogues bilatéraux et multilatéraux, et si oui, quels sont-ils?

D'autre part, il faut absolument se poser les questions telles que: quels sont les éléments essentiels de la foi chrétienne qui conditionnent le rétablissement de la pleine communion? Furent-ils jamais définis? Nous sommes-nous jamais posé la question des limites à l'intérieur desquelles la foi peut légitimement revêtir des formes diverses?

Je suis persuadé que si cela était, il nous serait plus facile de répondre, conscients de notre responsabilité, à la question de savoir si et dans quelle mesure nos différences peuvent être considérées comme des variations permises des diverses traditions et non pas comme des divisions péchant contre l'essence même de l'unique foi qui nous a été transmise.

Les remarques qui viennent d'être faites visent à accélérer l'oeuvre des dialogues en cours. Car le témoignage de l'Orthodoxie dans le monde contemporain est évidemment un témoignage d'unité dans la vérité de la foi et de l'amour. La participation donc de l'Orthodoxie dans tous les domaines du mouvement oecuménique actuel est une contribution à l'unité de l'Eglise".

 

C) Orthodoxie et Mouvement oecuménique

(...) "Depuis Vancouver de nouvelles perspectives s'ouvrent pour les Eglises orthodoxes de contribuer à la mission du C.O.E. Celles-ci sont, en effet, appelées à donner leur avis responsable sur les textes de Lima. D'autre part, ces textes sont le point de départ pour mettre sur pied d'autres programmes ecclésiologiques au sein de "Foi et Constitution".

Dans ce sens la participation de l'Eglise orthodoxe au C.O.E. entre, depuis l'assemblée générale de Vancouver, dans une période décisive. Les Eglises orthodoxes seront appelées, par l'intermédiaire de leurs représentants, à prendre position vis-à-vis des textes concrets. Ceci aura non seulement des conséquences ecclésiolo­giques directes mais suscitera probablement des vives réactions au sein du plérôme des Eglises orthodoxes locales. Les réponses de ces Eglises aux textes de Lima, soumis à leur évaluation et réception, auront une importance déterminante dans la façon dont sera exprimée la contribution de l'Orthodoxie à la réalisation des buts du C.O.E.

L'Eglise orthodoxe est désormais obligée de:

a) coordonner ses efforts afin de définir les critères ecclésiologiques du dialogue théologique qu'on est en train de développer ainsi que les conditions nécessaires au rétablissement de la communion ecclésiale. Pour faire valoir de manière constante ces critères et ces conditions, tous les représentants orthodoxes dans "Foi et Constitution" doivent adopter une attitude unifiée dans la discussion des textes ecclésiologiques. Ils pourraient dégager cette position dans des réunions préparatoires préliminaires ou parallèles aux discussions sur les textes ecclésiolo­giques ;

b) réexaminer en commun la signification des textes communs, signés surtout au sein de "Foi et Constitution", pour la théologie et la vie orthodoxes ainsi que pour les dialogues bilatéraux de l'Eglise orthodoxe avec les autres Eglises et Confessions chrétiennes. Il y a, en effet, une tendance évidente de la part du C.O.E. de faire des textes de Lima des points de référence théologique, valables aussi pour les dialogues théologiques bilatéraux (Stavanger 1985);

c) approfondir l'ecclésiologie orthodoxe, surtout les critères canoniques qui déterminent les limites de l'Eglise selon la tradition orthodoxe. Il sera ainsi possible aux Eglises orthodoxes locales d'avoir une attitude unifiée dans les discussions des textes ecclésiologiques;

d) définir - par une décision prise à l'échelon panorthodoxe et engageant les parties - les conditions que doivent poser les Orthodoxes pour accepter la communion ecclésiale avec d'autres confessions ou pour rétablir la pleine communion ecclésiale. Ceci, afin d'éviter dans ce domaine des initiatives unilatérales déplacées qui non seulement nuisent à l'uniformité de la tradition canonique et patristique orthodoxe mais qui, en outre - en scandalisant ou en créant des divergences théologiques -affaiblissent le témoignage de l'Orthodoxie au sein du mouvement oecuménique contemporain ;

e) prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter l'infiltration de tendances syncrétistes au sein du C.O.E., comme le souligne dans son rapport l'Eglise de Jérusalem.

Les points que je viens d'énoncer peuvent être considérés comme le cadre ecclésial dans lequel doivent agir les représentants orthodoxes au C.O.E. et, en même temps, doit avoir lieu le témoignage fructueux et efficace de l'Orthodoxie au sein du C.O.E. et des dialogues théologiques bilatéraux.

II est donc évident que la participation de l'Eglise orthodoxe au mouvement oecuménique contemporain - que ce soit dans le C.O.E. ou dans les dialogues théologiques bilatéraux - doit se poursuivre; celle-ci doit néanmoins se baser sur des critères ecclésiologiques définis à l'échelon panorthodoxe qui délimiteront le champ des discussions théologiques."

 

D) Contribution des Eglises orthodoxes locales à la réalisation des idéaux chrétiens de paix, de liberté, de fraternité et d'amour entre les peuples et à la suppression des discriminations raciales

(...) "La valeur de la personne humaine, fondement de la paix.

Il faut souligner, tout d'abord, que la notion biblique de paix ne coïncide pas avec une conception neutre et négative qui l'identifierait tout simplement à une absence de guerre. Comme le fait remarquer l'étude présentée par l'Eglise de Bulgarie, le mot hébreu "shalom" signifie plus exactement "plénitude"; la notion de la paix s'identifie alors à la "restauration des choses dans leur intégralité originelle d'avant la chute", lorsque l'homme vivait et respirait encore sous le Souffle vivifiant de sa création à l'image et à la ressemblance de Dieu. En d'autres termes, ceci signifie le rétablissement des relations et de la paix entre Dieu et les hommes.

Au cours de son histoire, l'Orthodoxie a défendu, en effet, avec conséquence, continuité et zèle, la dignité de la personne humaine, dont le fond ontologique a acquis dans le cadre de l'anthropologie chrétienne, le statut d'une valeur absolue et universelle. L'homme, en tant que couronnement et aboutissement de la création divine et en tant que création à l'image et à la ressemblance de son Créateur, a été pour l'Eglise orthodoxe la quintessence de sa mission dans le monde et dans l'histoire du salut. Rétablir l'homme dans la dignité et la beauté originelles de et de la "ressemblance" à son Créateur est considéré par l'Eglise orthodoxe comme l'essence même de sa mission. Même les disputes intestines, purement théologiques, qui ont abouti à la formulation de l'enseignement trinitaire, christologique et ecclésiologique du christianisme, n'avaient en dernière analyse d'autre but que celui de préserver l'authenticité et la plénitude de l'enseignement chrétien sur l'homme et son salut (...).Contrairement à cet idéal chrétien, la recherche - poursuivie sans relâ­che - de la part des organisations internationales d'un nouveau cadre social des principes fondamentaux concernant l'homme, contribue inévitablement à la désinté­gration de la personne humaine, sa réduction à une entité sociale passive ou même à l'ombre d'une non- conscience sociale; ce qui a pour résultat une crise encore plus profonde des structures de la société et du monde. Le dialogue engagé par ces organisations en vue du désarmement et de l'abolition des discriminations raciales et de toute injustice sociale est le cri d'un monde profondément divisé et finit par se réduire à la simple recherche d'un équilibre des forces opposées et des intérêts des puissants de ce monde. Bien que voulant contribuer à la paix, la fraternité, la liberté et la justice sociale, ce dialogue ne pourra donc jamais devenir la vraie voix des peuples de la terre pour la paix, la fraternité et la justice sociale. Car la force du système, qui se nourrit de l'antagonisme des armements, est devenue le critère absolu de chaque accord tandis que l'homme est analysé et disséqué selon l'intérêt des divers systèmes (...).

(...) L'Orthodoxie ne doit avoir aucun scrupule à proclamer son opposition à l'armement nucléaire, d'où qu'il vienne, car la guerre nucléaire a comme conséquence de détruire la création, de supprimer la vie de la face de la terre. A plus forte raison, l'Eglise orthodoxe, ayant pleinement conscience d'être la véritable Eglise du Christ, une et indivisible, se situant au-dessus des particularités politiques, idéologiques ou nationales, ne peut pas cautionner tel ou tel mouvement internatio­nal uniquement et simplement parce que ce mouvement utilise le mot "paix" ou parce qu'il parle au nom d'un idéal de justice politique, sociale ou nationale conçu selon ses propres critères. Elle ne peut non plus avaliser des déclarations sur la "liberté" dans lesquelles il n'est pas précisé de quelle liberté s'agit-il (...)

Orthodoxie et discriminations raciales.

Une mention particulière devrait être faite, dans ce contexte, à la position orthodoxe relative aux discriminations raciales. Cette position est tout à fait claire: l'Eglise orthodoxe croit que Dieu "à partir d'un seul homme a créé tous les peuples pour habiter toute la surface de la terre" (Ac 17,26) et que, en Christ, "il n'y a ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme, car tous vous n'êtes qu'un" (Gai. 3,28). Conformément à sa foi, l'Eglise orthodoxe refuse les discriminations raciales, même sous une forme modérée, puisqu'elles présupposent une échelle des droits. Elle déclare donc urgente la nécessité d'abolir totalement les discriminations raciales, ainsi que d'offrir des possibilités de développement intégral à tous les habitants de la terre. Cependant, elle soutient qu'au-delà de ces discriminations, fondées sur la couleur de la peau et localisées uniquement dans certaines régions de notre planète, il en existe d'autres dans le monde moderne qui sont tout aussi inacceptables: il s'agit des discriminations au détriment de différentes minorités, des discriminations pour causes religieuses ou du fait que certains groupes ne se conforment pas au cadre social, national, ethnique ou politique dans lequel ils vivent.

Malgré ce fait, et afin que sa position puisse être effective, l'Eglise orthodoxe ne peut ignorer (comme le souligne dans son Etude l'Eglise de Grèce) "les problèmes spécifiques" auxquels la suppression des discriminations raciales est liée "surtout en raison des divers aspects de ce problème selon sa localisation géographique. Il s'agit d'une question extrêmement complexe et délicate par rapport à laquelle l'Eglise doit agir avec courage et fidélité à son Seigneur et à l'homme qu'elle sert, ce qui n'est pas facile". Le caractère délicat de cette question relève de l'idéal même de paix tel que l'Orthodoxie le conçoit, et donc des moyens et des méthodes pacifiques pour résoudre les différends existant entre les hommes et les groupes sociaux. Cet idéal exclut tout encouragement moral de mouvements qui introduisent et légitiment la guerre et l'abolition violente des discriminations susmentionnées par des groupes et des hommes qui revendiquent leurs droits par tous les moyens. L'esprit de l'Epître de Saint Paul à Philémon devrait diriger l'Eglise à guider les pas de ces mouvements selon les méthodes de l'Evangile.

Orthodoxie et fraternité entre les peuples

Cette dernière constatation peut nous amener de manière toute naturelle à mieux saisir la contribution spécifique de l'Orthodoxie à la solidarité entre les peuples et au progrès de leur fraternité. Car, évidemment, les Eglises orthodoxes ne sont pas des Etats et ne disposent pas de moyens d'intervention politique directs et efficaces sur le plan international. Dans leur majorité, les Eglises orthodoxes vivent aujourd'hui sous des grandes contraintes et sont en position de faiblesse, à cause des conditions politiques, sociales et culturelles spécifiques. Cela rétrécie - à première vue du moins – l'horizon de leur intervention efficace dans de questions qui exigent aujourd'hui une action directe et énergique dans l'arène politique internationale. En revanche, cela dirige leur attention vers un domaine où, à long terme, leur influence sur le troupeau qui leur a été confié sera substantielle et bénéfique à l'ensemble social. En effet, comme le fait remarquer dans son Etude l'Eglise de Grèce: "les Eglises orthodoxes ont la possibilité de contribuer aussi bien par l'éducation de leurs fidèles et, plus généralement, du peuple tout entier qu'à travers l'ensemble de leurs activités spirituelles", à une amélioration du climat social ambiant. "Il s'agit, dans ce cas, de possibilités spirituelles différentes de celles des organisations internationales ou des Etats. Ces possibilités découlent de la nature de l'Eglise, peuvent avoir des résultats substantiels et permanents dans le domaine de la paix et de la fraternité, et doivent donc être développées le plus possible. Un large horizon s'ouvre ici devant les Eglises orthodoxes".

C'est sous cet angle que nous devons comprendre l'énorme responsabilité de l'Eglise dans le domaine de la lutte contre la faim et l'indigence extrême qui abattent de nos jours, de manière inacceptable, sur de grandes masses d'hommes et même sur de peuples entiers, notamment dans le Tiers-Monde. Un phénomène si terrifiant à notre époque - où les peuples développés vivent sous un régime d'opulence et de gaspillage tout en se livrant à une course aux armements stérile - révèle une crise d'identité profonde du monde chrétien. Cela pour deux taisons principales:

a) parce que la faim ne menace pas uniquement le don divin de la vie de peuples entiers du monde en voie de développement, mais anéantit la grandeur et la sacralité de la personne humaine;

b) parce que le monde chrétien, économiquement développé, par la distribution et la gestion souvent injuste et criminelle des biens matériels, insulte non seulement l'image de Dieu dans chaque personne humaine, mais aussi Dieu lui-même qui s'y est identifié. Devant cette donnée terrifiante de notre époque qu'est l'état de famine dans lequel vivent des peuples entiers, la passivité ou l'indifférence de chaque chrétien et de l'Eglise dans son ensemble équivaudrait à une trahison envers le Christ et à une absence de foi active; car - comme l'a dit Berdiaev - si le souci de notre propre nourriture est très souvent un problème matériel, le souci de la nourriture de notre prochain est toujours une question d'ordre spirituel. Les Eglises orthodoxes ont, par conséquent, le devoir suprême d'organiser immédiatement de manière efficace leur aide à leurs frères affamés du Tiers-Monde. Sur ce point, il est réjouissant de constater que l'initiative récente de S.B. le Primat de l'Eglise de Grèce a déjà bénéficié du soutien panorthodoxe et panchrétien qu'elle méritait. Elle ouvre, en effet, la voie à une collaboration des Eglises orthodoxes dans ce domaine, non seulement entre elles mais aussi en commun avec les autres Eglises et Confessions chrétiennes, avec le Conseil oecuménique des Eglises ainsi qu'avec toutes les Organisations internationales qui se sont vouées au service de la lutte contre ce terrible fléau.

Ne nous y trompons pas: la faim qui frappe aujourd'hui de plein fouet la communauté humaine et l'abîme d'inégalité qui s'y est creusé condamnent notre époque aussi bien à ses propres yeux qu'aux yeux du Dieu juste. Car Sa volonté aujourd'hui, qui n'est rien d'autre que le salut de l'homme concret, ici et maintenant, nous oblige à servir l'homme et à faire face de manière directe à ses problèmes les plus pressants. Séparée de la diaconie, la foi en Christ n'a pas de sens. Etre chrétien signifie imiter le Christ et être prêt à le servir dans la personne du faible, de l'affamé, du prisonnier. Tout autre effort de voir le Christ en tant que présence réelle parmi nous, sans rapport avec celui qui a besoin d'aide, n'est qu'idéologie vidée de son contenu.

La mission prophétique de l'Orthodoxie: un témoignage d'amour.

Dans le cadre du monde actuel, au-delà et au-dessus de ce service social, la contribution de l'Eglise orthodoxe à la paix, la liberté, la justice et la fraternité entre les peuples, devra - à mon humble avis - être un témoignage d'amour. Et ce témoignage doit être donné en tout temps, indépendamment des situations particulières dans lesquelles vit aujourd'hui chacune des Eglises orthodoxes. Bien sûr, il va de soi que ces cas requièrent une évaluation sage et réaliste des possibilités existantes. Par "témoignage d'amour" j'entends l'intervention des Eglises orthodoxes en tout temps et en toute situation qu'elles considèrent, selon les critères de l'Evangile et de la tradition chrétienne, comme inadmissible. C'est ici que l'on voit émerger la nécessité de la mission prophétique de l'Orthodoxie, son devoir de témoigner "de l'espoir qui est en nous" dans chaque cas qui a trait au progrès de la paix, de la liberté, de la justice et de la fraternité, ainsi qu'au respect de la personne humaine en tant qu'image de Dieu. Il va de soi qu'en exerçant cette mission prophétique, les Eglises orthodoxes devront prendre en considération qu'elles sont - la plupart d'entre elles - des Eglises nationales; qu'elles ont de ce fait des devoirs accrus vis-à-vis de la paix spirituelle et sociale des peuples qu'elles doivent conduire sur la voie de l'Evangile; que, d'autre part, le rôle de l'Eglise ne doit être identifié à aucune sorte de stratégie ou d'opportunisme politiques des autorités et des gouvernements, sous lesquels ces peuples vivent. Dans ce contexte, la marge d'initiative et d'action est étroite pour les Eglises orthodoxes et leur témoignage et leur présence comportent des dangers pouvant conduire leurs responsables jusqu'au martyre: "personne n'a d'amour plus grand que celui qui l'amène à donner sa vie pour ses amis" (Jn 15,13), tout comme "le bon pasteur" qui "offre sa vie pour ses brebis" (Jn 14,15). Mais c'est précisément cet amour jusqu'au martyre qui, en dernière analyse, raffermira la volonté des Eglises orthodoxes afin qu'elles puissent, en collabora­tion avec leurs frères des autres Eglises et Confessions chrétiennes, donner aujourd'hui leur témoignage - témoignage de foi et d'amour - dans un monde qui, peut-être plus que jamais, en a besoin.

De quelle autre source, en effet, le monde actuel pourrait-il puiser la force pou r vivre que celle offerte par le témoignage des chrétiens?

Nous, chrétiens, du fait même que nous avons eu accès au sens du salut, avons le devoir de lutter pour alléger la maladie, le malheur, l'angoisse,- parce que nous avons eu accès à l'expérience de la paix, nous ne pouvons pas rester indifférents face à son absence dans la société actuelle ; parce que nous avons été les bénéficiaires de la justice de Dieu, nous luttons pour une justice mieux répandue dans le inonde et pour la disparition de l'oppression; parce que nous faisons l'expérience chaque jour de la divine condescendance, nous luttons contre tout fanatisme et toute intolérance entre les hommes et les peuples; parce que nous proclamons continuellement l'incarnation de Dieu et la divinisation de l'homme, nous défendons les droits de l'homme pour tous les hommes et tous les peuples; parce que nous avons reçu le don divin de la liberté grâce à l'oeuvre rédemptrice du Christ, nous pouvons annoncer de manière plus complète sa valeur universelle pour tout homme et tout peuple; parce que nous sommes nourris spirituellement par le pain et le vin de l'Eucharistie, nous comprenons mieux la faim et la privation; parce que nous attendons une terre et des cieux nouveaux, où régnera la justice absolue, nous combattons ici et maintenant pour la renaissance et le renouveau de l'homme et de la société. Notre témoignage ne pourra donc qu'être bénéfique au plus haut point à notre époque qui, du fait même qu'elle vit sans Dieu, a besoin de Dieu plus que tout autre. Il sera, soyons-en sûrs, la meilleure manière pour l'Eglise orthodoxe de Contribuer à la paix et aux idéaux qui l'accompagnent et qui la mènent à sa plénitude".

En guise de conclusion, nous publions l'homélie de S.E. le métropolite Chrysostome de Myra, président de la Commission interorthodoxe préparatoire, prononcée à l'occasion de la clôture des travaux de celle-ci, le dimanche 23 février, lors de la divine liturgie en l'église St Paul.

"Que les Pères et les Frères, délégués à notre assemblée, me permettent d'adresser mon homélie à l'assemblée liturgique, réunie aujourd'hui dans cette "stavropigie" du Patriarcat oecuménique.

Mes chers frères, vous êtes maintenant habitués à des assemblées panorthodoxes de ce genre. Et vous désirez certainement entendre par quelqu'un de responsable ce à quoi visent ces assemblées et quels ont été les fruits de la présente Conférence.

C'est avec joie que je me soumets à cette tâche, en ma qualité de représentant de l'Eglise de Constantinople et de président de cette assemblée. Je vous décrirai succinctement ce que nous avons accompli en toute humilité et avec beaucoup de fidélité à l'Eglise. Il va de soi que je prendrai pour point de départ la lecture évangélique de ce dimanche du Publicain et du Phariséen.

Nous avions à examiner quatre sujets. En tant que délégués de nos Eglises, nous nous sommes posé la question en notre âme et conscience: devant la réalité criante de la vie deviendrons-nous des Publicains ou des Phariséens? Le plus facile serait de nous comporter en Phariséens: de cacher la vérité, d'embellir nos manquements, d'ignorer les besoins du peuple et de nous enorgueillir en restant sur nos positions. Dans ce cas, nous sortirions de l'église, comme le Phariséen de la iéeture évangélique, en disant: "Je ne suis pas comme ce Publicain" et nous aurions alors honte devant Dieu et devant les hommes.

Au lieu de cela, nous avons préféré suivre l'exemple du Publicain repentant et confesser nos faiblesses en tant qu'Eglises locales, en tant que pasteurs enseignants; en d'autres termes, affronter avec courage les problèmes de l'homme d'aujourd'hui; trouver un moyen de nous occuper de ces problèmes avec amour, clémence et en usant de l'économie ecclésiale; montrer ainsi un visage de notre Eglise, de toute l'Eglise orthodoxe, faisant apparaître que non seulement elle se penche sur les problèmes et s'en préoccupe mais qu'en plus, elle donne un témoignage de la vérité - dont elle est l'expression - en tout humilité et responsabilité.

C'est dans ce sens que nous avons abordé la question du jeûne. Nous avons considéré qu'il est un principe sacré et immuable, de grande valeur spirituelle et morale, et que tous les fidèles de notre Eglise orthodoxe doivent le respecter. Toutefois, nous avons constaté les difficultés liées à cette question. Nous avons donc donné la possibilité à nos Eglises - si elles l'approuvent et le décident - de trouver les mesures de clémence miséricordieuse à appliquer selon les cas et selon les régions; sans pour autant que cela signifie que nous introduisons un pluralisme dans la tradition de l'Orthodoxie. En envisageant ainsi la chose nous avons agi non pas en Phariséens hypocrites mais en humbles et miséricordieux Publicains.

C'est dans ce même esprit que nous nous sommes montrés sincères et honnêtes envers Dieu, envers nous-mêmes et envers ceux avec qui nous sommes en dialogue, en examinant, d'une part les dialogues bilatéraux de l'Orthodoxie avec les autres Eglises et Confessions chrétiennes et, d'autre part, nos relations avec le Conseil oecuménique des Eglises et le mouvement oecuménique en général; deux sujets dont notre Conférence avait aussi à s'occuper. Nous déclarons à tous que nous sommes présents dans les dialogues; que nous poursuivons les dialogues; que nous collaborons dans les institutions consacrées à la recherche et à l'affermissement de l'unité de l'Eglise en donnant un témoignage de la foi, de l'amour et de l'espoir qui sont en nous. Si de regrets existent - et il en existe sûrement -, ils devraient être exprimés ouvertement et honnêtement. Nous les avons donc exprimés de manière ouverte et honnête. Je pense, en effet, que sur ces questions aussi nous avons été des Publicains sincères et non pas des Phariséens fuyant leurs responsabilités.

C'est encore dans le même esprit que nous avons voulu nous montrer clairs et affirmatifs en abordant les questions fondamentales de notre époque, telles la paix, l'amour, la liberté, la justice, la solidarité et la suppression des discriminations raciales. Pour l'humanité, l'absence de ces idéaux est un fléau. Elle souffre du mal qui ronge la vie. Elle est frappée par mille et une carences, tourments, peurs et angoisses. Il fallait donc qu'elle entende la voix de l'Orthodoxie tout entière. C'est ce que nous avons essayé de faire dans un texte long et dense qui relève l'existence de ces maux. Et nous avons précisé la position orthodoxe sur chacun de ces idéaux.

La prochaine IIIème Conférence panorthodoxe préconciliaire, qui se réunira ici dans ce Centre patriarcal début novembre, devra y donner suite afin que - comme nous l'espérons tous et comme le Patriarcat oecuménique le souhaite - le saint et grand Concile soit préparé et convoqué le plus vite possible.

Mes frères,

Voilà les quelques résultats de nos délibérations durant ces jours ici au Centre. Voilà pourquoi je me suis permis de mettre en relation notre présence et notre travail ici avec le Publicain et le Phariséen de la lecture évangélique d'aujourd'hui.

Il serait facile - comme je l'ai dit - de nous comporter en Phariséen et beaucoup plus difficile de rechercher dans notre for intérieur l'humilité du Publicain et avec celle-ci sa prière significative et touchante: "Mon Dieu, prend pitié du pécheur que je suis".

Je vous demande alors, mes frères, que nous cheminions ensemble, aujourd''hui et durant toute la préparation du saint et grand Concile; que nous nous retrouvions dans l'humilité et dans la prière pour que tout aille bien, pour que notre Eglise – l'Eglise orthodoxe - sorte renforcée et unie de cet effort historique et sacré; pour que ses visées et les solutions proposées la révèlent comme la dépositaire ferme de la foi et des traditions mais en même temps comme une force dynamique - en faveur de la vie et de l'homme tourmenté - dans tout ce qui la préoccupe, dans tout ce qu'elle vise, dans tout ce qu'elle entreprend en tant que l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Amen".

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