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La III e Conférence panorthodoxe préconciliaire (Chambésy 28 octobre- 6 novembre 1986).

Du 28 octobre au 6 novembre de l'année courante s'est réunie à Chambésy au Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique, la III e Conférence panorthodoxe préconciliaire sous la présidence du Chef de la délégation du Patriarcat oecuménique, Son Eminence le métropolite Chrysostome de Myra. Toutes les Eglises orthodoxes locales y ont participé par l'envoi des délégations ainsi composées:

PATRIARCAT OECUMENIQUE : S.E. le Métropolite Chrysostome de Myra, Président; S.E. l'Archevêque Georges d'Evdokias; S.E. le Métropolite Bartholomée de Philadelphie; S.E. le Métropolite Paul de Suède; Rév. Gd Protopr. Georges Tsetsis, conseiller; Prof. Emmanuel Photiades, conseiller; Prof. Basile Anagnostopoulos, conseiller; Prof. Théodore Zissis, conseiller; Rév. Diacre Méliton Karas, secrétaire de la délégation.

PATRIARCAT D'ALEXANDRIE : S.E. le Métropolite Parthénios de Carthage; S.E. le Métropolite Paul d'Hermoupolis; S.E. le Métropolite Timothée d'Afrique Centrale; S.E. le Métropolite Pierre d'Aksoum.

PATRIARCAT D'ANTIOCHE : S.E. le Métropolite Georges du Mont-Liban; S.E. le Métropolite Elie de Beyrouth; Rév. Père Joseph Allen; Dr Albert Laham.

PATRIARCAT DE JERUSALEM : S.E. le Métropolite Germanos de Petra; Rév. Archim. Timothée; Prof. Georges Galitis; Prof. Vlassios Phidas.

PATRIARCAT DE RUSSIE : S.E. le Métropolite Philarète de Kiev et de Galicie; S.E. le Métropolite Philarète de Minsk et de Biélorussie; S.E. le Métropolite Jouvenal de Kroutitsky et Kolomna; S.E. l'Evêque Longine de Dusseldorf ; Rév. Protopr. Vitaly Borovoi, conseiller; Rév. Protopr. Nikolai Gundiaev, conseiller; Prof. Alexi Sergeievitch Bouevsky, conseiller M. Grigori Nikolaeivitch Skobei, conseiller; M. Boris Alexandrovitch Nelioubov, secrétaire de la délégation.

PATRIARCAT DE SERBIE : S.E. l'Evêque Savva de Soumadie; Prof. Stoyan Gochevitch; M. Milos Vesin.

PATRIARCAT DE ROUMANIE : S.E. le Métropolite Antoine de Transylvanie; S.E. le Métropolite Nicolas du Banat; S.E. l'Evêque Nifon Ploiesteanul; Rév. Prof. Ion Bria; Rév. Prof. Stefan Alexe, conseiller; Rév. Prof. Dumitru| Popescu, conseiller.

PATRIARCAT DE BULGARIE : S.E. le Métropolite Pankratiy de Stara Zagora; S.E. le Métropolite Kalinik de Vratsa; S.E. le Métropolite Ioanikiy de Sliven; S.E. l'Evêque Domitien de Znepol; Rév. Stavr. Oikonomos Prof. Nikolay, Shivarov, conseiller; Prof. Totiu Koev, conseiller; M. Ivan Zelev Dimitrov, conseiller; M. Petko Baldgiev, conseiller; M. Alexandre Gospodinov, interprète de la délégation.

EGLISE DE CHYPRE : S.E. le Métropolite Chrysostome de Paphos; S.E. l'Evêque Barnabas de Salamine; Rév. Archimandrite Vasilios Karayiannis; Prof-André Mitsidis.

EGLISE DE GRECE: S.E. le Métropolite Pantéléimon de Corinthe; S.E. le Métropolite Chrysostome de Péristérion; S.E. le Métropolite Christodoulos de Dimitrias; S.E. le Métropolite Mélétios de Nicopolis.

EGLISE DE POLOGNE: S.E. l'Evêque Jérémie de Wroclaw ; Rév. Georges Tofilouk; M. Nicolas Kozlowsky.

EGLISE DE GEORGIE: S.E. le Métropolite David de Soukhoumi et Abkhazie; S.E. l'Evêque Zossime de Tskondidi; Rév. Protopr. Guram Shalamberidze; M. Boris Gagua, conseiller.

EGLISE DE TCHECOSLOVAQUIE: S.E. le Métropolite Dorothée de Prague et de toute la Tchécoslovaquie; S.E. l'Evêque Nicolaj de Presov; S.E. l'Evêque Jean de Mihalovche; Rév. Protopr. Dr Jaroslav Suvarsky.

EGLISE DE FINLANDE: S.E. le Métropolite Jean d'Helsinki; Rév. P. Veikko Purmonen.

SECRETAIRE DE LA CONFERENCE PANORTHODOXE PRECONCILIAIRE: S.E. le Métropolite Damaskinos de Suisse, Secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile.

Les travaux ont débuté dans la matinée du 29 octobre par un discours du Président, Son Eminence le métropolite Chrysostome de Myra, discours que nous publions ci-dessous:

Vénérables Pères et Frères bien-aimés, délégués de nos saintes Eglises orthodoxes, qui constituez la présente Conférence.

Au nom du Dieu tout-puissant et révéré en Sa Trinité, Je proclame l'ouverture des travaux de cette III e Conférence Panorthodoxe Préconciliaire.

Béni soit le nom du Seigneur.

Peu de temps s'est écoulé depuis la fin des travaux de la Commission Interorthodoxe Préparatoire - en février dernier - et s'il nous est donné d'aborder maintenant cette nouvelle étape décisive vers le Saint et Grand Concile, nous devons tout d'abord remercier le Dieu de bonté de nous avoir accordé Sa Grâce et de nous avoir réuni à nouveau ici en Sa Grâce. Nous devons également apparaître, encore et toujours, comme bénéficiaires des Dons du Paraclet qui mène l'Eglise "vers la vérité tout entière" (Jn. 16,13) et qui nous fortifie - nous, humbles artisans de la Volonté du Seigneur et mandataires de nos Eglises - dans le cheminement progressif, mais toujours bien coordonné, et l'accomplissement par étapes de l'oeuvre élevée et sainte qui a été entreprise. Nous devons, enfin, exprimer également reconnaissance à nos Eglises d'avoir bien voulu nous nommer en tant que, délégués en cette phase de l'oeuvre conciliaire. C'est en effet un , honneur pour nous que d'être ici; mais tout aussi grande est responsabilité face à l'accomplissement de notre devoir.

Après ces quelques mots de préambule, J'ai l'honneur, en tant de la délégation du Patriarcat Oecuménique, de vous adresser à tous les salutations, les meilleurs sentiments et les voeux chaleureux de Sainteté le Patriarche Oecuménique Dimitrios. Sa Sainteté et les hiérarques qui l'entourent vous souhaitent la bienvenue en ce saint lieu patriarcal et stavropigiaque, saluent en votre personne les très saints Primats et les Eglises orthodoxes soeurs dont ils sont à la tête, et font des voeux pour la bonne marche et le succès des travaux de la Conférence; puisse celle-ci contribuer au progrès constant de notre sainte Orthodoxie et servir le peuple de Dieu conformément à sa mission.

Quant à moi, serviteur empressé de cette chaire, Je vous salue en tout honneur et amour et Je vous remercie d'avance pour la compréhension et l'esprit de collaboration avec lesquels vous m'assisterez l'accomplissement des responsabilités découlant de ma charge.

Pères et Frères.

Tous connaissent les thèmes sur lesquels la présente Conférence aura à se pencher. Le travail que nous accomplirons ici sur ces thèmes et sur les textes s'y rapportant, rédigés par la Commission Interorthodoxe Préparatoire, sera libre, responsable, mais aussi définitif; car tout ce qui sortira d'ici sera transmis tel quel à la phase dernière et définitive du Saint et Grand Concile. Par contre, tout ce qui serait Jugé insuffisant ou à revoir sera transmis pour faire l'objet d'un réexamen interorthodoxe, selon les décisions fixées à l'échelon panorthodoxe.

Cela ne signifie pas, bien sûr, que la tâche de la présente Conférence Panorthodoxe Préconciliaire ne s'inscrit pas, en quelque sorte, dans le cadre déjà tracé par les travaux de la Commission Interorthodoxe Préparatoire en février dernier. Chaque Conférence Panorthodoxe Préconciliaire, comme celle qui débute, entretient un rapport naturel - Je dirais même ontologique avec la Commission Interorthodoxe Préparatoire qui la précède et qui la prépare sur le fond et sur la forme. Et c'est bien naturel.

Si Je dis "sur le fond", c'est que, fondamentalement, la Commission Interorthodoxe Préparatoire non seulement s'est déjà livrée à l'analyse et à l'élaboration de ces thèmes qu'on attendait d'elle, mais elle a aussi tracé le cadre plus équilibré, tant théologique que historico-idéologique, pour leur développement, leur élargissement et leur progression. Si bien qu'on a abouti pour chaque thème aux meilleures propositions qui pouvaient être faites et à celles qui avaient le plus de chance d'être acceptées par nos Eglises, c'est-à- dire par leurs hiérarques et leurs organes administratifs responsables, mais aussi plus largement par leur plérôme - leur clergé et leurs fidèles - dans la mesure, naturellement, où ces propositions] constituent effectivement l'information qu'on se doit de leur donner en vue de la création appropriée de la conscience commune de l'Eglise.

Et si Je dis "sur la forme", c'est que les thèmes ont également déjà reçu leur formulation indiquée après de longs, sérieux et soigneux travaux de rédaction. Nombre d'entre nous, pour ne pas dire la majorité, et en tout ceux qui sont les plus responsables, savent bien avec quelle attention dûment pesée nous avons procédé à la rédaction des textes que nous avons sous les yeux aujourd'hui. La discussion n'a pas porté seulement sur les idées et les : principes généraux et fondamentaux se rapportant à chacun des thèmes traités,-chacune des phrases prise en particulier et parfois même des mots isolés ont fait également l'objet d'une discussion détaillée et d'un choix minutieux.

Tout ce que Je viens de dire constitue la vision et l'appréciation de chaque objet et de manière objective de l'oeuvre de la présente Conférence, en corrélation avec la précédente Commission Interorthodoxe Préparatoire. A tout ceci il convient d'ajouter le facteur individuel.

Et pourtant, sur ce point, nous devons constater que la plupart des responsables de premier rang de la présente Conférence occupaient déjà des places correspondantes lors de la précédente Commission Interorthodoxe préparatoire en qualité de délégués des Eglises ou chefs de leurs délégations, ce fait a sa signification et son importance. Les mêmes personnes sont successivement mandatées à la préparation du Saint et Grand Concile. Et ceci est pour nous une grande faveur de la Providence Divine. Cette succession presque sans rupture garantit à notre oeuvre sa continuité et sa conséquence, et constitue un facteur de solidité, d'évolution et d'amélioration continuelles pour les textes et les notions et vérités qu'ils expriment.

Mais sur ce point une question se pose.

Tout ce qui a été dit plus haut engage-t-il les délégations, et par conséquent les Eglises, au stade actuel de la présente Conférence Panorthodoxe Préconciliaire, comme dans tous les cas analogues des Conférences Panorthodoxes Préconciliaires?

La question que Je voudrais poser est plus large: les décisions des Commissions Interorthodoxes Préparatoires engagent-t-elles celles des Conférences Panorthodoxes Préconciliaires, et dans quelle mesure?

Et Je réponds: II est certain et incontestable que les Conférences orthodoxes Préconciliaires constituent à chaque fois l'organe majeur et se voient attribuer de ce fait les caractéristiques propres et les avantages qui découlent. Tous ces points ont été fixés en détail à l'échelon panorthodoxe. Chaque Conférence Panorthodoxe Préconciliaire a le droit de [Juger et d'évaluer le travail de la ou des Commissions Interorthodoxes Préparatoires, d'accepter les textes que celles-ci ont rédigés ou de les modifier et de les améliorer - surtout les améliorer. Elle peut aussi les juger insuffisants et devant être transmis pour réélaboration interorthodoxe, réexamen et reformulation. C'est le cas par exemple du thème du Jeûne.

Mais, mis à part ce droit incontestable qui est le sien, chaque Conférence Panorthodoxe Préconciliaire a, en quelque sorte, un cadre tracé, et oeuvre dans les limites assignées par la précédente Commission Interorthodoxe - Préparatoire. Ce qui est réalisé à l'échelon panorthodoxe, en représentation égale, lors de la Commission Interorthodoxe Préparatoire constitue un engagement moral. Ceci ne signifie pas un amoindrissement ou une limitation de la responsabilité et de la tâche de la Conférence Panorthodoxe Préconciliaire. L'un et l'autre de ces deux organes tiennent lieu de "commissions techniques" en rapport toujours avec le Saint et Grand Concile. Ils élaborent et donnent une forme concrète aux thèmes qui seront soumis "ad référendum" au Concile, qui est la seule autorité de l'Eglise à pouvoir se prononcer en définitive et légiférer. Les deux organes sont à la disposition du Saint et Grand Concile et servent plus généralement à accompagner l'Eglise dans sa marche vers celui-ci en tant qu'organes conciliaires directs. Ce sont les organes collégiaux qui assurent, à un haut niveau, la progression vers le Concile en étudiant et en préparant sa voie, qui faciliteront également la tâche du Concile par tout le travail qu'ils auront accompli, et qui, de manière générale, préparent et façonnent la conscience commune de l'Eglise sur la voie du Concile. La Commission Interorthodoxe Préparatoire, en tant qu'organe mineur, constitue le "laboratoire"de la Conférence Panorthodoxe Préconciliaire, et cette dernière, à son tour, en tant qu'organe majeur, l'"antichambre" finale du Saint et Grand Concile.

Certes, une procédure préconciliaire comme celle que nous suivons aujourd'hui peut apparaître étrangère à la tradition et à la pratique, prises d e manière plus générale, suivies par nos Eglises quant aux Conciles. On sait que les Conciles du premier millénaire étaient convoqués et prenaient des décisions en l'Esprit Saint, et qu'ils travaillaient en tant que parfaitement collégiaux - et inspirés par Dieu en ce qui concerne Conciles oecuméniques - de l'Eglise. Les Pères qui formaient ces Conciles décidaient selon leur conscience conciliaire, et leurs déclarations traçaient les limites et le cadre de la décision finale et du décret conciliaire émis en l'Esprit Saint.

Mais il faut signaler cependant que, même dans ces cas-là, chaque Concile était précédé d'une longue période de préparation, par le biais d'assemblées plus restreintes et de relations mutuelles entre les évêques, par le biais d'une intense activité théologique épistolaire ou par voie d'essais ainsi que par divers autres moyens selon la personne et selon le cas. Ces périodes créaient un climat général autour du ou des enseignements et autour de la ou des réglementations ecclésiastico-canoniques que chaque Concile aurait à introduire dans la vie de l'Eglise. Quoi qu'il en soit, on n'ignorait pas non plus, lors de chaque Concile, le recours à des travaux en groupes ou en assemblées homogènes sur la base de critères géographiques, ethniques, linguistiques ou autres.

Tout cela témoigne du fait qu'il existait même dans le cas des premiers Conciles une certaine procédure préconciliaire et intraconciliaire - imposée par les circonstances et valable du point de vue humain - jugée nécessaire pour le bon déroulement du Concile qui se prononçait finalement en l'Esprit Saint.

Si de nos jours on suit, "mutat is mutandis" la procédure et la méthode déjà décidées à l'échelon panorthodoxe pour nous acheminer vers notre Saint et Grand Concile, ceci ne signifie pas un éloignement de l'Orthodoxie par rapport à sa tradition et sa pratique conciliaires. Le but de l'Eglise reste inchangé: la convocation de notre Saint et Grand Concile. Les méthodes humaines et les procédures peuvent différer ou changer. Mais c'est le Paraclet lui-même qui conduit notre Eglise, à travers toutes ces étapes, vers le but final qui est la prise de décision et la légifération en l'Esprit Saint sur les choses de l'Eglise.

Dans cette perspective, nous comprenons tous toute la dimension et l'importance de l'oeuvre responsable et sainte que nous avons à accomplir ici. Nous avons le saint devoir de tout accomplir dans la crainte de Dieu. Loin de tout intérêt ecclésiastique ou personnel. Avec comme seul critère de servir le peuple fidèle de Dieu. Avec une attention soutenue au maintien à toute force de l'unité de l'Orthodoxie. Et bien sûr, en notre conscience. En toute conscience orthodoxe. En reconnaissant toujours le rôle propre de l'Esprit Saint dans chaque phase de notre travail interorthodoxe. Pères et Frères.

Je ne m'étendrai pas sur la présentation et l'analyse des quatre thèmes bien connus à l'ordre du jour de notre Conférence. C'est le Secrétaire qui le fera.

J'aimerais cependant vous soumettre les réflexions qu'on peut faire à propos du quatrième stade à venir de la préparation de notre Saint et Grand Concile. Et plus concrètement à propos des quatre derniers thèmes restants, inscrits à l'ordre du jour dudit Concile. Les thèmes sont les suivants:

a) La Diaspora orthodoxe.

b) L'Autocéphalie et la manière dont elle doit être proclamée.

c) L'Autonomie et la manière dont elle doit être proclamée.

d) Les Diptyques.

On sait toute l'importance de ces quatre thèmes. L'unité même de l'Orthodoxie dépendra de la Juste manière dont on aura abordé ces problèmes à l ' échelon interorthodoxe, des résultats positifs du travail et de l'accord interorthodoxes ainsi que des décisions finales du Saint et Grand Concile sur quatre questions.

Nous, les représentants des Eglises à la présente III e Conférence orthodoxe Préconciliaire, sommes appelés à tracer le cadre de notre travail orthodoxe à venir; il ne s'agit pas simplement pour nous de fixer l'ordre du Jour de la prochaine IV e ou même V e phase préparatoire, mais de prendre science de l'importance de ces thèmes, ainsi que de leur connexion et de leur parenté ecclésiologique, en envisageant toutes les retombées et tous les prolongements dans la conscience des fidèles de ces questions qui, à l'heure actuelle, ébranlent l'autorité de notre Eglise orthodoxe.

II n'y a aucun doute que la Diaspora , avec sa problématique difficile et complexe d'aujourd'hui, ne peut être examinée indépendamment des principes qui seront en vigueur pour concéder ou accéder à l'Autocéphalie et à l'Autonomie au sein de l'Orthodoxie. Mais les thèmes de l'Autocéphalie et de l'Autonomie ne peuvent pas non plus trouver de réponse sans qu'on prenne en compte la connexion qu'ils entretiennent avec la réalité actuelle de la Diaspora. J'irai même plus loin. Même le thème apparemment plus simple des Diptyques ne peut être examiné et résolu sans l'élucidation et l'institutionnalisation des - principes en vigueur dans l'Eglise quant à l'Autocéphalie et l'Autonomie; car ce n'est que lorsque ces principes seront fixés que le thème des Diptyques pourra trouver sa solution canonique et acceptable par tous.

Certes, des priorités idéologiques réelles, internes ou autres, peuvent intervenir dans l'examen de ces questions. Et nous les prendrons bien sûr également en compte. Il reste qu'au cours de la présente Conférence, qui doit choisir - selon les décisions panorthodoxes - les thèmes de la prochaine Conférence, nous sommes appelés à déterminer quels thèmes et combien parmi les quatre restants nous inscrirons à l'ordre du Jour de la IV e étape de notre travail. Ou plus largement encore: Allons-nous opter pour l'ensemble des quatre thèmes ou pour une partie seulement, et lesquels?

En ma qualité de Président, je ne désire pas influencer l'avis des participants dans l'une ou l'autre des directions. Je me contente de signaler l'existence du problème et les difficultés objectives qu'on rencontre pour les résoudre. Ce que je pourrais dire, en tout cas, c'est que, vu la nature des quatre prochains thèmes à aborder, la tâche à venir sera difficile pour nos Eglises et que la phase qui s'ouvre s'annonce assez longue.

Si par principe nous décidons de ne pas séparer les quatre thèmes, nous n'aurons besoin que d'une seule phase préconciliaire, mais plus longue. Mais de toute façon, si nous voulons que le travail soit bien fait et à fond, il faudra convoquer plusieurs Commissions Interorthodoxes Préparatoires avant la Conférence Panorthodoxe Préconciliaire. Si par contre nous choisissons de séparer les thèmes, il faudra plusieurs phases préconciliaires, au moins aussi nombreuses que les unités de thèmes qu'on aura choisis.

Mais sur tout cela, c'est à vous de vous prononcer, Pères et Frères.

Peut-être sera-t-il nécessaire de désigner une petite Sous-comission d'étude, spécialement consacrée à cet aspect du prochain ordre du Jour, et de lui demander de soumettre son rapport au plénum avec ses avis et suggestions. Ceci afin que le plénum décide de la suite sur la base propositions positives et concrètes.

La décision à prendre à ce sujet interviendra au moment voulu dans là cours de nos séances.

Vénérables Pères et chers Frères.

Voilà le point de vue de la Présidence sur la nature et l'étendue notre tâche au cours de la présente Conférence Panorthodoxe Préconciliaire.

En vous saluant une fois encore avec grand amour, je fais des voeux que le Paraclet soit sans cesse présent parmi nous et j'invoque sur nous tous les trésors de Sa Grâce pour que nous accomplissions la tâche que nous ont confiée nos Eglises, dans la crainte de Dieu et avec un zèle sincère.

Puisse le Seigneur nous accorder son aide et sa protection, à nous et notre Conférence.

Ainsi soi t - il.

Son Eminence le métropolite Damaskinos de Suisse, secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile et directeur du Centre orthodoxe, an aussi salué les participants en prononçant l'allocution suivante:

Eminent Président, vénérables Pères, chers Frères,

En tant que directeur du Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique, j e ressens une grande joie et une grande émotion en vous accueillant, vous tous membres éminents des Délégations de toutes les Eglises orthodoxes locales pour cette III e Conférence panorthodoxe préconciliaire. Joie et émotion d'autant plus que cette année le Centre orthodoxe fête le 20ème anniversaire de sa fondation.

Dieu nous comble de sa bénédiction puisqu'il a bien voulu qu'en la même année se rassemblent ici même la Commission interorthodoxe préparatoire, au mois de février, et la présente Conférence panorthodoxe préconciliaire, fait exceptionnel me permet de me référer brièvement à l'activité du Centre. A ces vingt dernières années, au service de l'Orthodoxie, sans cesse et sans relâche, malgré les manquements et les omissions qu'on a pu constater parfois. Et s'il a pu faire la preuve d'une telle continuité organique dans se fonctionnement, c'est sans aucun doute parce qu'il s'est consacré à la lettre aux buts qui lui ont été assignés dans l'Acte patriarcal et synodal de fondation.

Les buts dont il s'agit sont fidèlememt poursuivis à travers multiples activités, à savoir:

a) L'organisation sous son toit de toutes les Commissions interorthodoxes préparatoires et Conférences panorthodoxes préconciliaires survenues après sa fondation, à savoir la IV e Conférence panorthodoxe (1968), la Commission interorthodoxe préparatoire (1971), la 1ère Conférence panorthodoxe préconciliaire (1976), la II e Conférence panorthodoxe préconciliaire (1982), la Commission interorthodoxe préparatoire (février 1986) et la présente III e Conférence panorthodoxe préconciliaire. A cela s'est ajoutée, suite à la décision de la 1ère Conférence panorthodoxe préconciliaire, l'organisation d'une consultation spéciale pour examiner la question de la célébration commune de Pâques (1977) et la réunion d'une commission d'astronomes pour l'étude de la même question (1979);

b) La mise sur pied régulière de séminaires théologiques annuels regroupant des ecclésiastiques et des théologiens de presque toutes les Eglises orthodoxes;

c) L'édition d'un bulletin bimensuel "Episkepsis", de la revue "Synodica", des "Etudes théologiques de Chambésy"...

d) L'accueil des Commissions mixtes, en plénum ou en sous-commissions, pour la préparation ou le déroulement des Dialogues théologiques de l'Eglise orthodoxe avec les Anglicans (1970, 1972, 1981), les Vieux-catholiques (1970, 1975, 1977, 1983), les anciennes Eglises orientales (1979, 1985), les Catholiques romains (1977, 1978), les Luthériens (1978) et les Réformés (1986);

e) La convocation d'une série de réunions interconfessionnelles bilatérales au niveau académique et les nombreuses activités similaires des collaborateurs du Centre, etc.

Par ces activités, le Centre orthodoxe a affirmé son rôle au cours des vingt ans écoulés dans les relations interorthodoxes et le dialogue oecuménique contemporain. En tant que siège du Secrétariat pour la préparation du saint et grand Concile, il remplit sa charge en vue de préparer et de hâter la marche vers le saint et grand Concile. En tant que Centre orthodoxe au coeur du monde occidental, il constitue sans aucun doute un pont important pour faciliter une rencontre sur pied d'égalité de l'ensemble de l'Orthodoxie avec l'occident chrétien.

L'expérience de ces vingt dernières années, que vient couronner la convocation de la présente Conférence panorthodoxe préconciliaire, permet d'augurer avec certitude des perspectives d'avenir encourageantes pour les activités du Centre orthodoxe. Je vous accueille donc tous dans ce Centre orthodoxe, dans ce que j'appellerais la "demeure" de Sa Sainteté le patriarche oecuménique Dimitrios, votre demeure à tous, en vous souhaitant la bienvenue et en appelant la bénédiction de Dieu sur nos travaux.

Son Eminence le métropolite Damaskinos de Suisse, en sa qualité de secrétaire pour la préparation du Concile, a ensuite fait quatre rapports pour présenter les documents préparés en février par la Commission interorthodoxe préparatoire, dont voici les points principaux:

(A) READAPTATION DES PRESCRIPTIONS ECCLESIASTIQUES CONCERNANT LE JEUNE

Eminent Président, vénérables Pères, chers Frères,

J'ai l'honneur d'introduire devant la III e Conférence panorthodoxe préconciliaire le texte définitif approuvé par la Commission interorthodoxe préparatoire sur le premier thème à l'ordre du Jour de la Conférence (...).

Le projet qui en est résulté, rédigé en comité de travail sous la présidence de S.E. le métropolite Dorothée de Prague et de toute la Tchécoslovaquie, assisté par le prof. Vlassios Phidas, secrétaire, a été soumis au plénum de la Commission qui a proposé quelques modifications, adjonctions et améliorations, et l'a finalement accepté à l'unanimité. Il vous est soumis maintenant dans sa forme définitive pour être approuvé en tant que proposition pour le saint et grand Concile de l'Eglise orthodoxe. Voilà en quelques mots l'historique du texte qui nous est soumis.

En ce qui concerne les discussions qui se sont déroulées tout au long de la procédure qui a abouti à la formulation définitive du texte, elles sont, pourrait-on dire, le reflet authentique du souci profond qu'a l'Orthodoxie de concilier sa responsabilité pastorale actuelle avec les fondements immuables de la tradition patristique. Par conséquent, il serait faux, à mon avis, d'y voir l'expression de points de vue opposés, et de considérer ce texte comme fruit d'un quelconque compromis et de concessions d'un part et d'autre. Il est plus juste de dire que chacun des membres de la Commission interorthodoxe préparatoire a collaboré activement à l'élaboration du texte définitif en soulevant lors des discussions un ou plusieurs aspects des implications pastorales de cette institution, aspects qui le préoccupent lui ou l'Eglise qu'il représente du fait de sa situation particulière, et qu'il est mieux en mesure d'évaluer et de mettre en évidence. Ainsi, se complétant et s'enrichissant mutuellement, les participants à la Commission interorthodoxe préparatoire ont abouti concrètement à un texte qui est le reflet exact des tendances pastorales et des conceptions touchant à l'institution divine du jeûne au sein de l'Eglise orthodoxe d'aujourd'hui. C'est pourquoi nous ne sommes pas loin de la réalité en disant que ce texte est l'expression du point de vue orthodoxe commun établi sur la base de la tradition patristique. C'est en tant que tel qu'il est soumis à la présente III e Conférence panorthodoxe préconciliaire pour qu'elle se prononce à son sujet (...).

Passons maintenant à quelques éclaircissements concernant les différents points du texte soumis:

1. Je signale tout d'abord que l'intitulé initial de la question, ("Réadaptation des prescriptions ecclésiastiques concernant le jeûne") est apparu à certains membres de la Commission comme pouvant éventuellement amener à des malentendus auprès des fidèles; il pourrait en effet donner l'impressions que ce texte tend à l'abolition, même partielle, ou à la modification de l'institution ancienne du jeûne, en introduisant de nouvelles prescriptions contraires à la tradition et à l'ordre établi. C'est pourquoi on a proposé comme nouveau titre "L'importance du jeûne et son observance aujourd'hui", et on a choisi de l'ajouter provisoirement sous le titre initial jusqu'à décision.

2. On a longuement discuté sur le terme "immuable" ( ἀìåôÜâëçôïò ) figurant au I par. Certains des membres de la Commission ont soutenu que seule les décisions dogmatiques ("horoi") des Conciles oecuméniques sont immuables et que des institutions telles que le jeûne peuvent être modifiées en chacun des cas selon le sentiment pastoral et les besoins de l'Eglise. D'ailleurs, le principe d'économie dont l'Eglise a fait usage de tout temps pour adapter les prescriptions concernant le Jeûne aux conditions de vie particulières, et même individuelles, de ses fidèles semble s'opposer à l'emploi du mot "immuable" concernant le Jeûne. La question s'est résolue lorsqu'on a expliqué que le caractère "immuable" du Jeûne se réfère à l'institution en tant que telle, le Jeûne étant un "commandement divin" qui, selon St Basile, "a le même âge que l'humanité" puisque "il a été instauré par Dieu dans le paradis". De manière générale, tous les membres de la Commission ont convenu qu'il fallait mettre l'accent sur la signification élevée que l'Eglise orthodoxe a reconnue et reconnaît toujours à l'institution divine du Jeûne en ne cessant de proclamer sa valeur "pour rendre l'homme vigilant, sans cesse et sans faille, et pour susciter chez lui l'ardeur au combat spirituel".

3. Les interventions des délégués, notamment des Eglises d'Alexandrie, d'Antioche et de Roumanie, ont contribué à la prise de conscience que le Jeûne, indissolublement lié à l'idéal ascétique de l'Orthodoxie, ne se conçoit pas simplement comme une abstinence de nourriture, mais avant tout comme un moyen de perfectionnement spirituel et moral et de repentir, tant pour l'individu isolé que dans la perspective d'un idéal social plus large, «notamment l'idéal universel de Justice et d'amour de l'homme. Ceci prend une importance capitale aujourd'hui où des millions d'êtres humains vivent sous le spectre de la famine et du dénuement matériel.

4. Le Président de la Commission ainsi que quelques uns de ses membres souligné tout particulièrement le caractère dynamique du Jeûne en tant que spirituel par excellence; un combat auquel chacun participe selon ses forces, pleinement conscient de l'humilité de sa personne et de sa faiblesse, ais aussi en s'en remettant entièrement à la miséricorde de Dieu qui supplée imperfections et aux omissions de l'homme qui s'est engagé dans le bon combat.

5. Comme l'a souligné à juste titre le prof. Phidas dans son étude, le prend toute sa dimension pour le salut de l'âme si on l'aborde du point vue christocentrique, et surtout si l'on considère la participation du fidèle au contenu spirituel de "l'obéissance" du Seigneur lors de son Jeûne de quarante jours. Le lien indissoluble entre l'"obéissance" du Christ lors de Jeûne et l'accomplissement de cette obéissance sur la Croix explique la grande valeur spirituelle du Jeûne pour les fidèles, car "devenus un avec lui, dans la participation à la ressemblance de sa mort, nous participerons aussi à sa résurrection" (Grégoire Palamas).

6. Le § 6 traite du principe d'observation "sévère" et immuable des prescriptions apostoliques, des canons des conciles et des saintes traditions. Il énumère également tous les Jeûnes de l'année liturgique, établis par les canons et consacrés par une longue tradition, à savoir ceux de la Semaine Sainte , du Grand Carême, du mercredi et du vendredi, de Noël, des saints Apôtres, de la Dormition de la Vierge , ainsi que les Jeûnes journaliers de citation de la Croix , de la vigile de l'Epiphanie et de la Décollation de Jean le Précurseur. On a donc décidé de ne proposer l'abolition d'aucun jeûne; ceci, d'une part, à cause du contenu spirituel élevé de cette institution; et, d'autre part, pour éviter de scandaliser le peuple fidèle de qui tient à sa tradition et qui verrait avec mécontentement l'Eglise s'éloigner de l'ordre qui a prévalu à travers les siècles.

7. Le § 7, de son côté, introduit et consacre le principe d'économie ecclésiastique en fondant celle-ci, d'une part, sur la distinction entre les différentes périodes sacrées du Jeûne et, d'autre part, sur la pratique pastorale qu'a toujours suivie l'Eglise, obéissant par là à son amour de l'homme et à sa compréhension maternelle face à la faiblesse du corps, nécessités impérieuses et à la difficulté des temps.

8. Le § 8, qui traite plus particulièrement du principe d'économie, doit beaucoup dans sa forme actuelle aux délégués des Eglises d'Antioche et de Russie. Ce sont eux, en effet, qui ont attiré l'attention des membres de la Commission interorthodoxe préparatoire sur les conditions très variées dans lesquelles vivent aujourd'hui les fidèles orthodoxes de par le monde, sur la difficulté de se procurer des aliments maigres, sur l'impuissance où l'on se trouve en voulant en fixer une liste de manière uniforme pour tous les pays et tous les climats, ainsi que sur des circonstances particulières (par exemple service militaire, vie dans la Diaspora ). Dans tous les cas précités, l'Eglise, mère affectueuse, décidera à chaque fois ce qu'il convient de faire en veillant simultanément à observer de manière immuable certains principes généraux et certains cadres établis de peur que l'économie poussée à ses limites extrêmes ne tourne à la liberté sans contrôle ou même à l'anarchie.

9. Le tout dernier paragraphe, enfin, rappelle que le jeûne est lié organiquement à la participation complète aux sacrements et à la vocation spirituelle de chaque fidèle, et qu'il est un moyen au service de l'âme dans certaines situations de la vie, comme par exemple avant le baptême, comme préparation à la divine Eucharistie, comme pénitence, en temps de tentation, etc.

Eminent Président, vénérables Pères, chers Frères,

Tel est le texte qui vous est soumis aujourd'hui. Si on le juge selon les critères de la perfection absolue, il ne peut paraître qu'imparfait en regard du but "élevé" qu'il se propose de servir. Mais si on le considère du point de vue humain, en prenant en compte les conditions concrètes dans lesquelles vivent aujourd'hui les fidèles orthodoxes, disséminés de par le monde ou menant dans leur patrie même - mais dans des conditions difficiles et parfois adverses - le bon combat pour parvenir à la perfection du Christ, la Conférence panorthodoxe préconciliaire sera peut-être amenée à modérer ce jugement et à accepter le texte avec bienveillance. Ceci parce que, comme on l'a relevé lors de la discussion qui a eu lieu, "il ne s'éloigne pas de la tradition et des canons, il sert l'Eglise et nous aide tous à diriger notre peuple dans les différents pays où nous vivons".

 

(B) RELATIONS DES EGLISES ORTHODOXES AVEC L'ENSEMBLE DU MONDE CHRETIEN

Eminent Président, vénérables Pères, chers Frères,

Ce texte expose de manière très synoptique aussi bien les remarques d'ordre général sur la question des dialogues théologiques bilatéraux de l'Eglise orthodoxe que la problématique spécifique soulignée pour chacun de ces dialogues théologiques, tout cela sur la base des rapports sur la question et des discussions menées en assemblée plénière de la Commission interorthodoxe préparatoire ainsi que du dossier s'y rapportant mis à la disposition du comité de travail désigné.

On a pu constater, de la part des Délégations des très saintes Eglises orthodoxes, l'expression unanime d'une même attitude positive; elles reconnaissent toutes le devoir théologique et pastoral de l'Orthodoxie de participer aux dialogues théologiques bilatéraux et au progrès de l'idée d'unité du monde chrétien que ces dialogues permettent. Cette attitude positive n'a cependant pas laissé sous silence les problèmes d'ordre particulier ou général propres à l'ensemble des dialogues bilatéraux ou à chacun d'entre eux. Bien au contraire: les discussions sur la question lors des assemblées plénières ont donné lieu à des remarques nombreuses et judicieuses concernant la méthodologie, la thématique, les textes communs; la coordination entre tous les dialogues théologiques bilatéraux par le biais d'assemblées spéciales des membres orthodoxes des Commissions; l'incorporation du contenu des textes communs dans la théologie, le culte et la vie des Eglises en dialogue; les perspectives différentes de chaque dialogue, leurs implications ecclésiologiques et ecclésiastiques, etc.

Eminent Président, vénérables Pères, chers Frères,

En rapport avec la tâche de la présente Conférence panorthodoxe préconciliaire, il convient cependant de souligner plus particulièrement certains points: -

a) En ce qui concerne l'intitulé du thème "Relations des Eglises orthodoxes avec l'ensemble du monde chrétien", formulation décidée par la Ier Conférence panorthodoxe préconciliaire (1976), on a fait observer à juste titre que l'emploi du pluriel "Eglises orthodoxes" devrait être remplacé par l'emploi plus correct du singulier "Eglise orthodoxe" en effet, en choisissant le pluriel, on donne la priorité au critère administratif sur le critère ecclésiologique et on ouvre la voie à d'éventuels malentendus ou confusions au sein du dialogue oecuménique.

b) En ce qui concerne les perspectives des dialogues théologiques bilatéraux, on a fait des critiques constructives également sur les objectifs qui leur ont été assignés jusqu'à présent (S.E. le métropolite Philarète de Kiev) en soutenant qu'il est nécessaire de faire une distinction entre les dialogues qui visent à l'unité (ceux avec l'Eglise vieille-catholique, les anciennes Eglises orientales et l'Eglise catholique romaine) et ceux qui ne visent qu'à un simple rapprochement théologique et à une collaboration (les dialogues avec les Anglicans, les Luthériens et les Réformés). Il se pourrait cependant qu'accepter cette proposition ait pour conséquence immédiate de nous obliger non seulement à réadapter toute la méthodologie du second groupe de dialogues, mais aussi à reconsidérer dans son ensemble la participation orthodoxe au Mouvement oecuménique contemporain.

c) En ce qui concerne la thématique, on a pu constater une tendance unanime à vouloir déplacer le centre de gravité, dans le choix des sujets théologiques, de ceux qui unissent à ceux qui divisent les Eglises en dialogue, notamment sur le terrain de l'ecclésiologie.

d) En ce qui concerne la priorité à accorder à la discussion de certains problèmes théologiques au sein des dialogues théologiques en cours, on a souligné tout particulièrement lors des discussions en assemblée plénière l'étude des thèmes suivants: l'ordination de femmes au sacerdoce (dialogues avec les Anglicans, les Luthériens et les Réformés); l'uniatisme en tant que problème ecclésiologique et en tant que pratique actuelle, ainsi que le prosélytisme exercé sous diverses formes (dialogue avec l'Eglise catholique romaine); et l'intercommunion (dialogue avec les Vieux-Catholiques).

e) En ce qui concerne le dialogue avec les Vieux-Catholiques, qui se conclura, avec l'aide de Dieu, lors de l'assemblée plénière de l'an prochain par l'achèvement de la tâche théologique confiée à la Commission théologique mixte, ses perspectives actuelles ont donné lieu à des évaluations positives, mis à part quelques réserves isolées. Ces perspectives feront bien sûr l'objet d'une appréciation par les deux Eglises en dialogue, lesquelles décideront finalement du moyen de mettre en valeur les acquis de la Commission théologique mixte dans la procédure ecclésiale de rétablissement de l'unité.

Par ailleurs, il me semble nécessaire d'informer également la présente Conférence sur les développements ultérieurs des travaux des Commissions théologiques mixtes engagées dans certains dialogues théologiques bilatéraux, développements qui pourraient s'avérer utiles pour aboutir finalement à une formulation du texte soumis à notre évaluation qui embrasse tous les aspects de la question:

a) Dans le cadre du dialogue avec les Vieux-Catholiques, la sous-commission mixte s'est réunie à Minsk de Biélorussie (1-10. 7.1986) et a rédigé des projets de textes communs sur les thèmes à l'ordre du jour de la prochaine Assemblée plénière de la Commission théologique mixte, à savoir:

1. Les autres sacrements: pénitence, onction, sacerdoce, mariage,

2. Eschatologie,

3. Présupposés et conséquences de la pleine communion ecclésiale.

b) Dans le cadre du dialogue avec l'Eglise catholique romaine, les propositions positives du texte de la Commission interorthodoxe préparatoire concernant la thématique et la méthodologie ne semblent pas provoquer de difficultés majeures, et constituent, quoi qu'il en soit, de nouvelles perspectives pour la marche de ce dialogue; ceci malgré le climat tendu mais fraternel qu'on a pu constater lors de la récente Assemblée de la Commission théologique mixte à Bari du fait de la coïncidence de certaines initiatives parallèles malheureuses.

c) Dans le cadre du dialogue avec les Luthériens, la sous-commission s'est réunie (Bossey, août 1986) et a rédigé un projet de texte commun sur le thème "Ecriture et tradition". Ce texte sera soumis à la prochaine Assemblée plénière de la Commission théologique mixte pour discussion et approbation. Les difficultés initiales de coordination des travaux de la Commission mixte ont été apparemment dissipées par les efforts récents.

d) Dans le cadre du dialogue avec les Réformés, l'Assemblée de la Commission mixte, réunie ici même récemment (mars 1986) pour la préparation du dialogue théologique, a franchi un pas décisif et a choisi comme premier thème à étudier "L'enseignement sur la Sainte Trinité sur la base du symbole de Nicée-Constantinople". Sa Sainteté le patriarche oecuménique Dimitrios, ainsi que le saint Synode qui l'entoure, jugeant suffisante (en Juillet 1986) la préparation du dialogue par la Commission préparatoire mixte, a décidé de proposer aux très saintes Eglises orthodoxes locales l'ouverture du dialogue théologique officiel entre l'Eglise orthodoxe et les Réformés. Le Comité exécutif de l'Alliance Réformée Mondiale en a décidé de même lors de sa récente assemblée annuelle et selon l'application de la décision précédente à son Assemblée générale d'Ottawa (1982). Le thème choisi pour être étudié constitue un point de départ important du point de vue théologique pour la mission délicate de la Commission théologique mixte qui se rassemblera en assemblée plénière en mars 1988.

Bien sûr, il n'échappe à l'attention de personne que tous les dialogues théologiques bilatéraux menés par l'Eglise orthodoxe abordent progressivement, mais sûrement, un domaine décisif pour leur poursuite, celui de l'ecclésiologie, dans lequel s'inscrivent également les difficultés théologiques les plus sérieuses entre l'Orthodoxie et le reste du monde chrétien. En vue de ces nouvelles perspectives qui reçoivent toujours plus d'encouragements au sein du dialogue oecuménique, l'Eglise orthodoxe devrait mettre à profit son enseignement ecclésiologique non seulement pour confirmer quelle est sa conscience propre, mais aussi pour évaluer de manière responsable la forme d'ecclésialité du reste du monde chrétien. Une telle mise à profit de la tradition patristique et canonique, ainsi que la pratique ecclésiale qui lui est liée, devient de jour en jour plus nécessaire pour une participation responsable aux dialogues théologiques bilatéraux et multilatéraux et pour une évaluation ecclésiale plus authentique de leurs résultats, ainsi que pour un témoignage plus crédible de l'Orthodoxie dans le monde contemporain.

 

(C) ORTHODOXIE ET MOUVEMENT OECUMENIQUE

Eminent Président, vénérables Pères, chers Frères,

Le texte final de la Commission interorthodoxe préparatoire sur le troisième thème inscrit à l'ordre du jour, à savoir les relations de l'Orthodoxie avec le Mouvement oecuménique, qui est soumis aujourd'hui à la III e Conférence panorthodoxe préconciliaire, répond à deux principes. Il vise d'une part à rappeler - comme le souligne notamment le Président de la Commission interorthodoxe préparatoire dans son rapport - toutes les composantes de l'attitude conséquente de l'Orthodoxie, façonnée au cours des ans, envers le Mouvement oecuménique en général et le C.O.E en particulier. Il procède, d'autre part, à une évaluation systématique des relations de l'Orthodoxie avec le Mouvement oecuménique: il souligne son rôle constructif au sein du mouvement, met l'accent sur sa contribution au rétablissement des sentiments de rapprochement, de solidarité, de fraternité et d'unité qui animent les Eglises les unes envers les autres, et relève les défauts qui ont pu apparaître dans la recherche en commun des moyens de rétablir l'unité et l'expression commune de la foi apostolique de nos jours.

Au delà de ces constatations, le texte qui vous est soumis a l'ambition "mettre le doigt sur la marque des clous" en dénombrant clairement et en faisant état de tous les points qui demandent à être reconsidérés aujourd'hui pour permettre à l'Orthodoxie une contribution plus active et plus fructueuse au mouvement, en particulier au sein du C.O.E, ceci en écartant certains malentendus qui se sont introduits et certains facteurs qui nuisent, dans l'état actuel des choses, à une meilleure intégration de l'Orthodoxie dans les .cadres institutionnels de ce Conseil. Ainsi - comme je l'ai souligné face à la commission dans mon rapport sur la question l'Eglise orthodoxe se doit de rechercher certains éclaircissements et certaines modifications de nature plus profonde que les propositions soumises antérieurement concernant, par exemple, la nécessité d'un meilleur équilibre au sein du Conseil entre la dimension verticale et horizontale (1ère Conférence panorthodoxe préconciliaire, 1976), mode d'élection plus approprié des représentants de l'Eglise orthodoxe les organes administratifs et consultatifs du Conseil, d'une augmentation du nombre de ceux-ci, etc. A ce titre je proposais:

a) la coordination des efforts de l'Eglise orthodoxe pour clarifier les critères ecclésiologiques nécessaires à la poursuite du dialogue ecclésiologique et pour préciser les présupposés au rétablissement de la ommunion ecclésiale;

b) le réexamen en commun par tous les Orthodoxes de la signification des textes communs - notamment ceux de la Commission "Foi et Constitution" - pour la théologie et la vie orthodoxes ainsi que pour les dialogues théologiques bilatéraux menés par l'Eglise orthodoxe;

c) un examen en profondeur de l'ecclésiologie orthodoxe consistant notamment à étudier les critères canoniques qui déterminent les limites de l'Eglise dans la tradition orthodoxe. Seul cet examen permettra à toutes les Eglises orthodoxes locales de défendre un point de vue commun lors de la discussion des textes ecclésiologiques;

d) la définition à l'échelon panorthodoxe des présupposés au rétablissement de la pleine communion ecclésiale;

e) la prise de mesures visant à "éviter l'infiltration de tendances syncrétistes au sein du C.O.E".

Ces présupposés pourraient être considérés comme des cadres ecclésiaux nécessaires non seulement pour la tâche assignée aux représentants orthodoxes au sein du C.O.E, mais aussi, de manière plus générale, pour rendre plus fécond et plus efficace le témoignage de l'Orthodoxie dans le cadre du C.O.E et des dialogues théologiques bilatéraux.

Eminent Président, vénérables Pères, chers frères,

Tel est le texte qui vous est soumis. Il est, à mon humble avis, suffisamment concis et prudent dans ses jugements et ses formulations. Néanmoins, tel qu'il se présente, il ne manque pas de ce souffle qui saura persuader et le peuple orthodoxe et le reste du monde chrétien que l'Orthodoxie non seulement occupe une place exceptionnelle au sein du Mouvement oecuménique, mais qu'elle est animée par la volonté de combattre avec passion, sur la base objective de justes critères, pour l'unité de tous. Car cette unité constitue sa vision, sa foi et son but immuable.

 

(D) CONTRIBUTION DES EGLISES ORTHODOXES LOCALES A LA REALISATION DES IDEAUX CHRETIENS DE PAIX, DE LIBERTE, DE FRATERNITE ET D'AMOUR ENTRE LES PEUPLES, ET A LA SUPPRESSION DES DISCRIMINATIONS RACIALES

Eminent Président, vénérables Pères, chers frères,

Je procède maintenant à la présentation du rapport sur le quatrième thème inscrit à notre ordre du jour, à savoir: "Contribution des Eglises orthodoxes locales à la réalisation des idéaux chrétiens de paix, de liberté, de fraternité et d'amour entre les peuples, et à la suppression des discriminations raciales". Je dois tout d'abord vous signaler que je partage pleinement l'opinion de S.E. le Président de la Commission interorthodoxe préparatoire, lequel disait: "C'est sans aucun doute sur l'inspiration du Saint-Esprit que ce thème a été inscrit dans la liste des dix thèmes du saint et grand Concile; et c'est un honneur pour notre Commission d'avoir été chargée de formuler dans un premier document les conceptions fondamentales de l'Eglise orthodoxe concernant ces problèmes importants qui préoccupent l'ensemble de l'opinion mondiale et rongent le coeur des fidèles de l'Eglise. Car, aujourd'hui plus que Jamais, dans un monde secoué par toutes sortes de situations, de tracas et de problèmes, les fidèles ressentent un besoin encore plus urgent d'entendre la vraie voix de leur Eglise à ce sujet et de voir cette dernière prendre position clairement et concrètement" (...).

Le problème auquel s'est trouvé confronté le quatrième Comité de travail, présidé par S.E. le métropolite Philarète de Kiev, avec le prof. Théodore Zissis comme secrétaire, a été bien résumé dans les déclarations de même Président au plénum de la Commission. Il disait en effet: "A notre époque il est très difficile d'arriver à un accord pour un texte commun sur la paix. En effet, si on excepte les études de certaines Eglises orthodoxes, c'est à peine maintenant que nous commençons, en tant que plérôme orthodoxe, à étudier la question. Nous avons déjà fait un pas dans ce sens, mais nous devons être conscients que ce problème est complexe et sérieux, et sa solution difficile. Bien sûr nous les Orthodoxes pouvons tous nous fonder sur les mêmes arguments, étant donné que nous avons le même enseignement, les mêmes saints pères. Sur cette base, nos opinions ne peuvent que coïncider plus ou moins, mais coïncider. Ceci ne concerne que le fondement vertical de la question. Aujourd'hui, par contre, nous sommes confrontés à son aspect horizontal, surtout dans le cadre du mouvement oecuménique où les deux dimensions doivent s'harmoniser. Tant que nous voyons la dimension horizontale, nous ne pouvons pas faire abstraction des conditions dans lesquelles nous vivons".

Voilà en effet "la croix" que portent et l'Eglise orthodoxe et chacun de nous en particulier quand il s'agit de donner une réponse convaincante au problème que nous avons posé, ou plutôt que la réalité actuelle dans laquelle nous vivons chaque jour nous a posé. Comment faire face? S.E. le métropolite Georges du Mont-Liban remarquait à juste titre: "II n'y a pas de propos neutres. Rien n'est neutre, pas même l'utilisation de tel ou tel verset de la Bible. Tout a une signification politique. "Paix - liberté": quel sens attribue-t-on à ces mots? Leur signification propre n'a plus aucun sens. En réalité, toute la conception politique du monde orthodoxe découle du concept de "symphonie" entre l'empire et l'Eglise. Les Orthodoxes sont prisonniers de ce concept byzantin, même si entre-temps ils vivent dans un contexte musulman autre sans relation avec l'Orthodoxie" (...).

Eminent Président, vénérables Pères, chers Frères,

La Commission interorthodoxe préparatoire s'est trouvée devant deux principes de prime abord opposés, l'un étant la nécessité de ne pas se borner à la dimension verticale-théologique du problème, mais à s'attacher également à sa dimension horizontale-pastorale, l'autre étant le dilemme épineux de devoir choisir entre des positions qui soit expriment de manière générale le point de vue orthodoxe, soit décrivent plus particulièrement des situations et des choix concrets. Elle a choisi finalement la voie moyenne, évitant de verser dans l'un ou l'autre des extrêmes, et elle a ainsi rédigé un texte d'où découlent des moyens de faire face de manière appropriée et courageuse à chacun des problèmes brûlants de notre époque. Certes, malgré l'avis contraire de certains membres de la Commission interorthodoxe préparatoire, le document a évité de condamner explicitement certaines structures sociales qui, jugées par les partisans de systèmes sociaux différents, peuvent être considérés comme créant des situations objectives d'injustice sociale flagrante; ce fait nous a amenés fatalement à mettre à l'écart certaines théologies largement répandues aujourd'hui parmi les théologiens du christianisme occidental ( "Théologie de la libération", "de la révolution", etc.). Ceci est apparu nécessaire pour confirmer le principe selon lequel le futur Concile devra témoigner en commun et au nom de tous les Orthodoxes. Malgré ce qui est dit dans le prologue, le texte n'a pas pu échapper à un certain ton triomphaliste; il reste cependant qu'une conscience plus "kénotique" - non pas de la part de l'Orthodoxie, mais des hommes qui en sont porteurs suivant les époques serait beaucoup plus proche de l'esprit de l'Evangile. Malgré tout, la IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire peut accepter le texte tel quel, tout comme elle est libre de décider différemment de certains points susmentionnés ceci afin d'aboutir au texte final qui sera transmis ad référendum au saint et grand Concile.

Le dimanche 2 novembre, à l'issue de la divine liturgie célébrée à l'occasion de la III e Conférence panorthodoxe préconciliaire, Son Eminence le métropolite Chrysostome de Myra, président de la Conférence, s'est adressé aux fidèles en ces termes:

Chers frères,

Nous nous présentons à nouveau devant vous, cette fois-ci en notre qualité de membres de la III e Conférence Panorthodoxe Préconciliaire, prêts à témoigner du travail dont nos Eglises nous ont chargés; travail que nous tâchons durant ces Jours de mener à bien avec grand soin, mais aussi avec beaucoup d'humilité. Nous nous sommes réunis pour la deuxième fois cette année - la première étant au mois de février - dans le but précis d'achever la troisième étape de la préparation du Saint et Grand Concile de l'Eglise Orthodoxe.

Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la première Conférence Panorthodoxe, réunie à Rhodes en 1961, qui a inauguré cette période préparatoire de l'Orthodoxie vers le Saint et Grand Concile. Et cette période fut fertile et positive quant à la préparation progressive des Eglises vers le but final qu'est le Concile, mais aussi fructueuse en ce sens qu'elle a formé la conscience du plérôme sur la signification du Concile et de la conciliarité de l'Eglise.

Nous rendons grâce à Dieu de permettre à Son Eglise, à travers la responsabilité collégiale de ses pasteurs et la collaboration de ses théologiens, d'affronter au moins quelques-uns des problèmes brûlants de la vie de l'Orthodoxie; de faire ainsi entendre sa voix et sa décision sur des thèmes qui fondent et qui tissent son existence même, thèmes sur lesquels s'interroge le peuple fidèle de Dieu. C'est la réponse à ces problèmes qui fera apparaître au monde l'Orthodoxie sous son meilleur visage.

En ma qualité de Président de la présente Conférence Panorthodoxe Préconciliaire, je considère de mon devoir de signaler que ce qui a déjà été fait à ce jour, comme ce qui doit être fait dans un proche avenir, n'a qu'un seul but: répondre aux multiples interrogations des fidèles et resserrer les liens indissolubles unissant l'Orthodoxie, tout en faisant entendre sa voix sur les problèmes brûlants de l'humanité.

Je viens de parler du travail déjà accompli. C'est à ce travail que je consacrerai d'abord quelques réflexions. Nous nous sommes penchés sur les quatre thèmes suivants pour essayer de dégager le point de vue de l'Eglise:

Premièrement sur le jeûne, que nous considérons comme une institution de l'Eglise qu'on ne peut pas abolir, le jeûne conduisant l'homme à la perfection morale, mais devant faire l'objet de la part de l'Eglise d'une clémence miséricordieuse. Ceci afin de permettre aux hommes de pratiquer le jeûne comme il le faut, là où il le faut et quand il le faut, en accord avec la tradition orthodoxe, mais aussi avec son esprit de compréhension de la condition humaine.

Deuxièmement sur les dialogues, auxquels nous sommes totalement ouverts et que nous souhaitons poursuivre dans l'amour et dans la vérité - en respectant les conditions de réciprocité - et surtout par la discussion théologique et la persuasion. Ceci dans le but de faire apparaître l'unique vérité de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique sous la conduite du Christ, son seul Pasteur.

Troisièmement sur le Mouvement oecuménique, dont nous nous considérons et dont nous sommes membres naturels et indispensables du fait même que nous avons pris l'initiative de nous y associer dès le début; nous y participons pour dialoguer ouvertement avec tous nos frères chrétiens, pour cultiver des sentiments et des relations de réciprocité, de solidarité, de compréhension mutuelle et de secours fraternel, témoignant de notre foi et nous enrichissant mutuellement.

Quatrièmement sur les idéaux chrétiens de paix, de liberté, de fraternité et d'amour entre les peuples, et la suppression des discriminations raciales. Nous approchons de la fin du deuxième millénaire du christianisme; un millénaire chargé de schismes, d'hérésies, de controverses de toutes sortes, de bouleversements sociaux, de luttes de classes et de phénomènes de violence; chargé en plus de deux guerres mondiales et de la menace d'une troisième, plus effrayante encore et certainement plus meurtrière pour l'humanité, guerre que prépare la course effrénée aux armements. Ces armements dépassent notre planète, menacent l'humanité de destruction venant de l'espace. En approchant donc de la fin de ce deuxième millénaire, nous sentons en tant qu'Eglises orthodoxes la nécessité de faire entendre notre voix sur tous les principes fondamentaux de paix, de liberté, de fraternité, d'amour entre les peuples et de suppression des discriminations raciales. Nous gardons l'espoir ferme que, au milieu du chaos discordant des menaces et des revendications, la voix pacificatrice et réaliste de la spiritualité orthodoxe constitue un soutien pour les consciences ébranlées du monde contemporain.

Nous publierons bientôt nos documents sur ces thèmes. Nous les ferons connaître au plérôme orthodoxe, au cercle plus large des Eglises et des Confessions chrétiennes, et, encore, au monde entier. Dans tout ceci, mes frères, il y a beaucoup de peines et d'efforts. Mais tout ce qui se fait, se fait pour Dieu et pour le peuple de Dieu. Non dans le but d'exceller en paroles et en sagesse, mais dans l'esprit de Dieu et dans la crainte de Dieu. Et en tout cas sans vantardise ni aucune intention de triomphalisme. L'apôtre Paul le dit très clairement dans la péricope d'aujourd'hui: "Je ne mettrai mon orgueil que dans mes faiblesses" (II Cor 12,5). Vous savez que nos efforts souffrent de plusieurs points faibles, mais la voix du Seigneur s'adressant à l'apôtre Paul vient à notre secours: "Ma grâce te suffit; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse" (II Cor 12,9).

Voilà ce qui se fait déjà. Je me suis en outre référé à la nouvelle étape de préparation du Saint et Grand Concile qui s'ouvre devant nous avec les quatre thèmes restants sur lesquels il doit également se prononcer. Nous reconnaissons qu'il s'agit là des questions les plus difficiles et les plus compliquées. Elles se rapportent à la structure actuelle de l'Eglise orthodoxe à travers le monde. Et elles doivent trouver leur solution. Nos Eglises sont décidées à les résoudre. Avec la grâce de Dieu. Avec l'appui du Paraclet. Avec la bonne volonté qu'on manifestera de toutes parts. Mais aussi, mes frères, grâce à vos prières répétées. C'est à la lumière de la tradition de l'histoire et de l'ordre canonique dans la vie de l'Eglise que ces questions seront résolues.

Premier thème, la Diaspora orthodoxe, c'est-à-dire l'Orthodoxie dispersée, vivant et travaillant aux quatre coins du monde, qui réclame structure canonique et une organisation propres. En effet, le visage actuel la Diaspora dévalorise l'unité de l'Orthodoxie aux yeux du monde extérieur. L'Orthodoxie aura tout à gagner de la solution de ce problème et les orthodoxes locales auront ainsi accompli leur devoir sacré face à l'histoire face à l'ordre canonique et face aux attentes du peuple de Dieu. Frères, prions le Seigneur.

Deuxième thème, l'Autocéphalie et troisième thème, l'Autonomie, qui est associé, c'est-à-dire la structure en vigueur qui constitue le corps unique de l'Eglise orthodoxe. Nous devons poser dans ce domaine les principes fondamentaux. Afin que cessent la diversité et le pluralisme dans les manières d'appliquer ce régime, manières qui troublent l'ordre et la tradition de l'Eglise. La structure de l'Eglise orthodoxe actuellement en vigueur est idéale. Elle se base sur la liberté, la force inhérente et l'indépendance interne de chaque Eglise. Eléments qui n'ébranlent ni ne brisent l'unité de l'Orthodoxie. Mais dès que des déviations malencontreuses s'infiltrent dans l'application du système, le résultat devient négatif. Ce problème aussi doit être résolu. Les Eglises sont décidées à le résoudre, en confessant leurs faiblesses et en mettant le bien général de l'Orthodoxie au-dessus de leurs propres intérêts. Frères, prions le Seigneur.

Quatrième thème, les Diptyques dans la vie de l'Eglise orthodoxe. L'ordre suivi aujourd'hui par nos Eglises n'est pas une question de susceptibilités mesquines, ni une fausse interprétation de l'histoire et des données historiques et canoniques. C'est une question de principe, valable à travers les siècles, et qui trouve sa justification - qui doit trouver sa justification - dans une recherche, un examen et une solution qui doivent être désintéressés, objectifs et de bonne volonté. Cette question doit trouver sa solution. Nos Eglises désirent la résoudre. Frères, prions le Seigneur.

Voici la nouvelle étape qui s'ouvre devant nos Eglises dans leur marche vers le Saint et Grand Concile. C'est la quatrième et espérons la dernière. Nous reviendrons ici à nouveau pour les différents travaux prévus pour cette phase et nous nous présenterons devant vous pour vous en rendre compte et vous témoigner de notre bonne volonté pour trouver des solutions à ces questions. Nous espérons être à même de vous dire des choses positives. Sur tout ce que les Eglises auront à se dire. Sur tout ce que l'Eglise orthodoxe aura à dire au Christ Bâtisseur de l'Eglise, qui veut que tous ceux qui croient en Lui soient unis dans la même foi et le même amour.

Priez, mes frères, pour la réussite de cette grande oeuvre entreprise par nos Eglises orthodoxes.

Pour conclure, en ma qualité de chef de la délégation du Patriarcat Oecuménique, je désire vous transmettre à tous les voeux et la bénédiction de Sa Sainteté le Patriarche Oecuménique Dimitrios et de la Grande Eglise du Christ dont il est à la tête, ainsi que l'expression du bon espoir de l'Eglise Mère que vous progresserez et croîtrez dans le Seigneur, en vous sanctifiant dans la crainte de Dieu.

Amen.

A l'issue des travaux de la III e Conférence panorthodoxe préconciliaire, le Secrétariat pour la préparation du Concile a diffusé le communiqué suivant:

La III e Conférence panorthodoxe préconciliaire a été convoquée par Sa Sainteté le patriarche oecuménique Dimitrios 1er, après accord des Primats de toutes les Eglises orthodoxes locales, et s'est rassemblée au Centre orthodoxe du Patriarcat oecuménique à Chambésy, Genève.

La tâche de la Conférence consistait à étudier et à élaborer les quatre thèmes qui avaient été inscrits à son ordre du Jour par la II e Conférence panorthodoxe préconciliaire (1982) et sur lesquels s'est exprimé le consensus panorthodoxe par la réalisation de quatre projets de textes par la Commission interorthodoxe préparatoire convoquée au Centre orthodoxe en février de cette année, à savoir:

1. Réadaptation des prescriptions ecclésiastiques concernant le jeûne.

2. Relations des Eglises orthodoxes avec l'ensemble du monde chrétien.

3. Orthodoxie et Mouvement oecuménique.

4. Contribution des Eglises orthodoxes locales à la réalisation des idéaux chrétiens de paix, de liberté, de fraternité et d'amour entre les peuples, et à la suppression des discriminations raciales.

En outre, suite à une demande de la II e Conférence panorthodoxe préconciliaire, la Conférence devait ratifier le "Projet de règlement des Conférences panorthodoxes préconcilaires" et définir l'ordre du jour de la IV e Conférence panorthodoxe préconciliaire dans le but de la convocation au plus vite du saint et grand Concile.

Les travaux de la Conférence ont commencé le 27 octobre et ont pris fin le 6 novembre 1986 . Toutes les Eglises orthodoxes ont participé à la Conférence en envoyant des délégations de quatre membres, pour la plupart, ainsi que des théologiens comme conseillers. Les travaux étaient présidés par Son Eminence le métropolite Chrysostome de Myra, chef de la délégation du Patriarcat oecuménique. Le secrétaire de la Conférence était Son Eminence le métropolite Damaskinos de Suisse, secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile de l'Eglise orthodoxe.

Les travaux de la Conférence sur ces thèmes se sont déroulés en assemblée plénière et en commissions, sur la base des introductions à chaque thème réalisées par le secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile qui a également soumis à l'Assemblée plénière les textes de la Commission interorthodoxe préparatoire de février 1986. Les modifications, adjonctions et améliorations apportées aux textes, après de longues discussions en assemblée plénière et en commissions, ont abouti aux textes finals sur chacun des quatre thèmes, lesquels ont été acceptés à l'unanimité en tant que décisions ad référendum au saint et grand Concile.

Pour ce qui concerne les textes-décisions officiels de la III e Conférence panorthodoxe préconciliaire, il a été décidé que:

1. Une fois signés par les Chefs des délégations des Eglises orthodoxes locales dans les trois langues officielles de la Conférence, à savoir le grec, le russe et le français, ils seront communiqués par le secrétariat pour la préparation du saint et grand Concile à toutes les Eglises autocéphales et autonomes (Art. 18 du Règlement des Conférences panorthodoxes préconciliaires).

2. Ils seront publiés par les soins du Secrétariat pour la préparation dub saint et grand Concile après le 15 décembre de cette année.

Pour ce qui concerne les procès-verbaux de la III e Conférence panorthodoxe préconciliaire, ils seront envoyés au plus tôt par le Secrétariat pour la préparation du saint et grand Concile à toutes les Eglises orthodoxes. Le Secrétariat les publiera après l'envoi aux Eglises (Art. 19).

Outre les thèmes de l'ordre du jour, la Conférence a accepté à l'unanimité:

a) Le règlement des Conférences panorthodoxes préconciliaires, dans lequel est consignée et enregistrée de manière systématique la pratique en vigueur jusqu'à maintenant dans les Conférences panorthodoxes, et,

b) la proposition de la commission technique pour la définition de l' 'ordre du Jour et la préparation des thèmes de la IV e Conférence panorthodoxe préconciliaire, par lesquels s'achève la liste des thèmes du saint et grand Concile, à savoir:

1. La Diaspora orthodoxe

2. L'autocéphalie et la manière dont elle doit être proclamée

3. L'autonomie et la manière dont elle doit être proclamée

4. Les diptyques

En ce qui concerne plus particulièrement chacun des quatre textes acceptés à l'unanimité, la Conférence:

1. a mis en avant d'une part l'importance de l'institution du jeûne dans la tradition orthodoxe et dans la pratique actuelle, et d'autre part le principe de l'économie ecclésiastique par lequel la possibilité a été donnée aux Eglises orthodoxes locales d'adapter l'institution aux besoins spécifiques de leur plérôme.

2. a évalué l'état des relations de l'Eglise orthodoxe avec l'ensemble du monde chrétien par e biais des dialogues théologiques bilatéraux en cours avec les autres Eglises et Confessions chrétiennes; a enregistré les principes fondamentaux de méthodologie et de procédure de ces dialogues et formulé des recommandations précises aux Commissions théologiques engagées dans chacun des dialogues pour un déroulement plus efficace de ceux-ci; a décidé l'organisation d'un Symposium théologique interorthodoxe particulièrement chargé de mettre en valeur la tradition orthodoxe sur la question de l'ordination des femmes, laquelle a une incidence sur les dialogues bilatéraux et multilatéraux menés par l'Eglise orthodoxe au sein du Mouvement oecuménique contemporain.

3. a réévalué les éléments positifs et la problématique spécifique de la participation des Eglises orthodoxes locales au Mouvement oecuménique et, plus particulièrement, au Conseil oecuménique des Eglises (C.O.E.) sur la base des données suivantes:a) la conscience propre de l'Eglise orthodoxe et de ses présupposés ecclésiologiques précis,

b) les développements récents dans la structure et le fonctionnement du C.O.E., et

c) les programmes mis sur pied depuis l'assemblée de Vancouver.

Outre les critiques émises sur certains points, elle a réaffirmé le désir des Eglises orthodoxes de collaborer de manière constructive au progrès de l'idée d'unité du monde chrétien.

4. a proclamé l'importance de la tradition orthodoxe concernant la personne humaine pour la réalisation des biens éminents que constituent pour tout chrétien la paix, la justice, la liberté, la fraternité et l'amour entre les peuples, et la suppression des discriminations raciales et autres; ceci dans le but de dépasser les crises multiples et variées de la civilisation contemporaine, d'écarter la menace de la catastrophe nucléaire et de transformer les structures de la société. L'extrait qui suit est tout à fait significatif de l'esprit du texte tout entier:

"Nous chrétiens orthodoxes, du fait même que nous avons eu accès au sens du salut, avons le devoir de lutter pour alléger la maladie, le malheur, l'angoisse; parce que nous avons eu accès à l'expérience de la paix, nous ne pouvons pas rester indifférents face à son absence dans la société actuelle; parce que nous avons été les bénéficiaires de la justice de Dieu, nous luttons pour une justice plus complète dans le monde et pour la disparition de toute oppression; parce que nous faisons l'expérience chaque jour de la clémence divine, nous luttons contre tout fanatisme et toute intolérance entre les hommes et les peuples; parce que nous proclamons continuellement l'incarnation de Dieu et la divinisation de l'homme, nous défendons les droits de l'homme pour tous les hommes et tous les peuples; parce que nous vivons le don divin de la liberté grâce à l'oeuvre rédemptrice du Christ, nous pouvons annoncer de manière plus complète sa valeur universelle pour tout homme et tout peuple; parce que, nourris du Corps et du Sang du Seigneur dans la sainte Eucharistie, nous vivons le besoin de partager les dons de Dieu avec nos frères, nous comprenons mieux la faim et la privation et nous luttons pour leur abolition; parce que nous attendons une terre et des cieux nouveaux, où régnera la justice absolue, nous combattons hic et nunc pour la renaissance et le renouveau de l'homme et de la société".

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